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Langues Vivantes

Info du 14/01/16 : des suppressions de sections bilangues sont annoncées ces jours-ci dans les collèges pour préparer la prochaine rentrée. Les cartes des langues feront ensuite l'objet d'une annonce officielle par Najat Vallaud Belkacem, le 22 janvier 2016, journée de l'amitié franco-allemande.

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2016/01/13012016Article635882575660962566.aspx


Les langues se sont retrouvées au cœur du débat sur la réforme du collège, à travers une mesure emblématique, l’introduction de la deuxième langue vivante dès la classe de 5e. La Ministre de l’ Éducation Nationale a rappelé à plusieurs reprises son attachement à développer un enseignement des langues vivantes qui profiterait à tous les élèves.

Les langues vivantes sont aujourd'hui enseignées au collège dans le cadre d'enseignements communs à tous les élèves, et de nombreuses options et filières que les élèves volontaires peuvent choisir de suivre afin d'apprendre plus de langues ou de renforcer leurs compétences dans une langue donnée.

La réforme du collège modifie légèrement les enseignements communs et réduit voire supprime les possibilités de suivre des filières et des options linguistiques.

Les modalités de l'enseignement des langues vivantes pourraient aussi être bouleversées. Il est notamment question de confier au CNED l'enseignement de langues rares ou peu enseignées (plus d'informations dans le point 1, "Au collège").

1. Le cadre commun de l'enseignement des langues vivantes

A l'école primaire

Aujourd'hui

À partir de 2016

Tous les élèves qui arrivent en 6e ont suivi une initiation à une langue vivante au primaire. Dans 93% des cas, il s’agit de l’ anglais, dans 6% des cas de l’allemand, dans 2% des cas d’une autre langue (source : Éduscol).

La sensibilisation à une langue vivante dès le CP est obligatoire depuis 2013 (BO du 5 janvier 2012, page 5).

Pourtant, l’enseignement des langues vivantes en primaire est très inégal car il dépend :

  • des compétences des professeurs des écoles, qui n’ont pas tous été formés pour enseigner une langue vivante
  • des autorisations attribuées par l’Inspection Académique, qui élabore la carte des langues : les professeurs des écoles n’ont pas la liberté d’enseigner la langue de leur choix, ils doivent se conformer à cette carte des langues (c’est ainsi que 93% des écoliers apprennent l’anglais).

L’apprentissage d’une langue vivante dès le CP est obligatoire. Les textes encore en vigueur ne parlent pas d'apprentissage mais d'initiation ; dans la pratique, il est probable que l'initiation et l'apprentissage recouvrent la même réalité.

Mise à jour de juin 2015 : La carte des langues doit être élaborée au niveau national et non plus académique, comme l'a indiqué la Ministre lors de son audition au Sénat le 3 juin 2015 : "Nous voulons un pilotage national prévoyant des objectifs chiffrés, des ouvertures de classes, des profilages de poste. Recourir à des intervenants extérieurs est un bon moyen de promouvoir l'apprentissage des langues. Qu'on se rappelle le succès des assistants de langue ou des locuteurs natifs, il y a quelques années. Nous voulons redonner une véritable impulsion."

Mise à jour d'octobre 2015 : La circulaire visant à cadrer la carte des langues a été publiée au Bulletin Officiel le 22 octobre. Elle stipule que "la carte des langues devra être effective en décembre 2015 en vue d'une mise en oeuvre à la rentrée scolaire 2016."


Au collège

Aujourd'hui

À partir de 2016

Tous les élèves de 6e apprennent une « Langue vivante 1 » (LV1), à raison de 4h par semaine (sauf exception, voir la partie "Les dispositifs optionnels de langues vivantes" ci-dessous). L'anglais est largement majoritaire en LV1.

Parfois, nous le verrons tout à l’heure, ils peuvent étudier d’autres langues en plus.

Dans la première mouture de la réforme du collège, le Ministère de l’Éducation nationale a souhaité réduire l’enseignement de LV1 à 3h par semaine, arguant du fait que les élèves étudieraient cette langue depuis le CP (rappelons que les premiers élèves à avoir bénéficié de la LV1 obligatoire en CP n’arriveront en collège qu’en septembre 2018).

Les enseignants de langues vivantes ont protesté car ils ont de grandes difficultés à porter à un même niveau leurs élèves de 6e, qui viennent d’écoles primaires différentes.

Le Ministère a donc accordé le maintien des 4h de LV1 en 6e.

En 5e, 4e et 3e, les élèves suivent 3h de LV1 par semaine.

Les élèves qui le souhaitent peuvent s’inscrire en option « Langues et cultures de l’Antiquité » afin d’étudier le latin et la culture latine de la 5e à la 3e (voir la page « Latin Grec »).

En 4e, les élèves doivent choisir une « Langue vivante 2 » (LV2), étrangère ou régionale. Le plus souvent, ils ont le choix entre l’allemand et l’espagnol. 71% choisissent l’espagnol (source : Éduscol). Les élèves suivent 3h de LV2 chaque semaine en 4e et en 3e.

En fin de 3e, les élèves doivent valider dans l’une des langues vivantes étudiées un niveau de langue, qui est reconnu au niveau européen : il s’agit du niveau A2 du Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL), ou niveau « utilisateur élémentaire usuel ou intermédiaire ».

Concrètement, l’élève doit, pour valider ce niveau, prouver qu’il est capable de comprendre des phrases isolées et des expressions fréquemment utilisées en lien avec un sujet familier ; il doit aussi pouvoir communiquer de façon simple, toujours dans un contexte familier. Ce niveau est atteignable en fin de 5e pour la LV1, en fin de 3e pour la LV2. La validation est faite par les enseignants de langue, sur la base du contrôle continu. Elle est théoriquement obligatoire pour permettre l’obtention du Diplôme National du Brevet.

 

Les horaires consacrés aux langues vivantes (et aux autres matières) avant et après réforme du collège sont présentées dans le tableau grille horaire.

En 5e, 4e et 3e, les horaires de LV1 sont également inchangés. Mise à jour de décembre 2015 : Cette LV1 pourra être la langue vivante apprise en primaire, ou bien une langue vivante que les élèves choisiront de débuter en 6e (source : Compte-rendu de l'entretien de l'Association pour le Développement de l'Enseignement de l'Allemand en France au Ministère de l'Education nationale le 13 novembre 2015, page 4, premier tiret "La LV1"), si la carte des langues le permet

Cela n'est pas sans poser des questions quant à l'organisation des groupes de langues :

  • en 6e, les établissements devraient organiser un enseignement de langue qui permette aux débutants de commencer dans de bonnes conditions et aux plus avancés de poursuivre l'apprentissage commencé au primaire. 
  • cette organisation pourrait nécessiter de créer plus de groupes de langue qu'il n'y a de classes sur le niveau (par exemple, dans un collège comptant 4 classes de 6e, créer 5 groupes d'Anglais dont 4 groupes en continuation du primaire et un groupe n'ayant pas étudié l'Anglais au primaire) : le collège devrait alors puiser dans sa marge d'autonomie. 
  • il est probable que les élèves qui changeraient de langue entre le CM2 et la 6e choisiraient comme LV2 en 5e la langue étudiée en primaire : ils seraient de faux-débutants, qui pourraient aussi nécessiter la création de groupes (éventuellement financés sur la marge) au cycle 4
  • ou bien, si l'établissement n'avait pas les moyens de créer ces groupes, il devrait regrouper des vrais débutants (langue nouvelle), des faux débutants (langue étudiée en primaire mais arrêtée en 6e) et des avancés (anciens bilangues de 6e). 
  • il faudrait aussi tenir compte, dans la formation des groupes, des horaires attribués à chacun pour une même langue : au cycle 4, les élèves ayant commencé l'Anglais en primaire suivraient 3h d'Anglais par semaine, tandis que les bilangues suivraient 2h30 d'Anglais par semaine : ces élèves ne pourraient que difficilement faire partie des mêmes groupes.

Les élèves commenceront une « Langue vivante 2 » (LV2) en 5e. Dans le premier projet de réforme du collège, le Ministère envisageait un enseignement de 2h par semaine en 5e, 4e, 3e (au lieu de 3h en 4e et 3h en 3e aujourd’hui). Il n’était donc pas prévu de consacrer des moyens supplémentaires aux LV2. Ce dispositif est testé dans l’Académie de Toulouse en 2014-2015 ; des professeurs ont dénoncé son inefficacité tandis que le Ministère a salué le succès de ce test et souhaité l’étendre à la France entière.

Face à l’opposition des enseignants, le Ministère a porté l’horaire hebdomadaire de LV2 à 2h30 (soit toujours moins de 3h).

Les élèves auront donc suivi, de la 5e à la 3e, 7h30 d’ enseignement de LV2 par semaine (2h30 en 5e, 2h30 en 4e, 2h30 en 3e), contre 6h aujourd’hui (3h en 4e, 3h en 3e). Pourtant, les programmes n’élèvent pas significativement le niveau à atteindre en fin de 3e pour cette LV2 : il s’agira toujours du niveau A2 (que les élèves devront atteindre dans 2 des 5 activités langagières). L’introduction de la LV2 en 5e ne s’accompagnera donc pas d’une exigence d’amélioration du niveau en LV2 à la fin du collège, malgré les moyens importants qui y seront consacrés (54h d’enseignement de LV2 en plus sur les 3 années concernées).

Mise à jour de juin 2015 : La circulaire de rentrée 2015, publiée le 3 juin 2015, prévoit que, "Pour favoriser la mutualisation de l'offre de formation en langues vivantes et ainsi l'attractivité d'un plus grand nombre d'établissements dans un souci de mixité sociale, le Cned proposera à titre expérimental, dans quelques académies, un dispositif de formation hybride (en présence et à distance), sur des langues rares ou peu enseignées, à la rentrée scolaire 2015. Une palette de langues sera proposée au fur et à mesure du déploiement de ce dispositif, qui a pour premier objectif d'offrir à tous les élèves un égal accès aux langues vivantes et d'éviter des stratégies qui entravent la mixité scolaire."

 

Voilà pour le cadre commun.

Mais les élèves qui le souhaitent peuvent actuellement choisir un enseignement renforcé de langue vivante, ou choisir une troisième langue vivante. La réforme du collège prévoit de modifier profondément ces dispositifs.

2. Les dispositifs optionnels d'enseignement des langues vivantes

Les classes bilangues

L’avenir des classes bilangues cristallise le débat autour de la réforme du collège.
Ce paragraphe s’attache à présenter les classes bilangues dans leur forme actuelle, et leur place dans le collège à partir de 2016.
Si vous souhaitez approfondir ce sujet, et notamment comprendre les éléments du débat, rendez-vous dans le « Zoom sur les classes bilangues » en point 3.

Aujourd'hui

À partir de 2016

Certains établissements proposent aux élèves qui le souhaitent d’apprendre une langue vivante en plus de la LV1 obligatoire en 6e. Ces élèves apprennent ainsi deux langues pendant leurs quatre années de collège (alors que les autres élèves commencent une LV2 en 4e) : ces langues sont  toutes deux considérées comme des LV1, et sont désignées par les termes LVA (langue vivante 1 A) et LVB (langue vivante 1 B).

Ces groupes d'élèves sont appelés « classes bilangues ». Mais il ne s’agit pas à proprement parler de classes puisque les élèves bilangues peuvent être répartis entre plusieurs classes et regroupés seulement pour leurs cours de langue. Ces élèves suivent généralement 6h de cours de langues vivantes chaque semaine (la répartition entre la LV1 et la LV2 est choisie par l'établissement, dans la limite de ce que les heures attribuées par le Rectorat permettent : 3h+3h, 2h+4h...) ; certains établissements réussissent à assurer 7h de langues vivantes.

Parfois, les élèves ont commencé cette langue en primaire : ils la continuent alors au collège, et y ajoutent l’ anglais.

Parfois, les élèves ont commencé l’anglais en primaire mais choisissent d’étudier une autre langue, en plus, dès la 6e.

16% des élèves de 6e sont inscrits dans une section bilangue (source : Rapport sur les classes bilangues et les sections européennes et de langues orientales, décembre 2014).

Les sections bilangues ne sélectionnent pas, sauf quand l'établissement n'a pas reçu assez d'heures pour répondre à la demande des élèves. Elles permettent d'encourager la mixité sociale en évitant des contournements de carte scolaire : les élèves qui le souhaitent peuvent suivre un cursus valorisant dans l'établissement de leur quartier.

Le plus souvent, la langue choisie est l’allemand (aujourd'hui, plus d'un collège sur deux (51,3%) offre à ses élèves de 6e la possibilité d'apprendre deux langues vivantes dont l'allemand). Viennent ensuite l'espagnol et l'italien. Ces sections ont été développées dans le cadre d'accords internationaux (pour approfondir ce point, nous vous invitons à lire le « Zoom sur les classes bilangues » en point 3).

Elles ont un effet positif sur le rapport des élèves aux langues (pour approfondir ce point, nous vous invitons à lire le « Zoom sur les classes bilangues » en point 3).

La réforme du collège prévoit que les classes bilangues ne pourront être maintenues que pour les élèves qui auront étudié une langue autre que l’anglais en primaire (soit 7% des élèves, puisque 93% apprennent l'anglais en primaire). Le nombre de classes bilangues va donc diminuer mécaniquement (rappelons qu'aujourd'hui, les élèves peuvent entrer en classe bilangue même quand ils ont appris l'anglais en primaire). En conséquence, de nombreux élèves qui pourraient aujourd'hui choisir la bilangue ne le pourront plus à partir de 2016, simplement car leur établissement aura dû fermer sa section bilangue. 

Si la bilangue ne peut pas être proposée à tous les élèves entrant en 6e, il est fort possible que le nombre d'inscrits diminue, et s'il n'est pas suffisant, la section bilangue peut être fermée. (Ce scénario se produit actuellement pour les LV2, en allemand, en italien par exemple : la langue n'est proposée que si un nombre suffisant d'élèves s'inscrit.)

De plus, la réforme du collège n'apporte aucune garantie que les classes bilangues seront maintenues, même pour les élèves qui auront appris l'allemand, l'espagnol, etc. en primaire. En effet, l’article 8 de l'arrêté du 19 mai 2015 stipule que « Les élèves qui ont bénéficié de l’enseignement d’une langue vivante étrangère autre que l’anglais à l’école élémentaire peuvent se voir proposer de poursuivre l’apprentissage de cette langue en même temps que l’enseignement de l’anglais dès la classe de sixième. Le cas échéant, une dotation horaire spécifique (c'est-à-dire des heures attribuées à l’établissement pour organiser des cours dans le cadre de la bilangue) peut être attribuée à cette fin. » Le terme « peut » n’offre aucune garantie que la dotation sera attribuée (pour approfondir ce point, nous vous invitons à lire « Les inconnues de la réforme du collège » en point 4).

Dans les collèges qui fermeraient leurs sections bilangues, le nombre d'heures d'allemand, enseignées chaque semaine diminuerait fortement (voir le Zoom en point 3), et cela aurait des conséquences concrètes pour les élèves et pour les enseignants : moins d’heures dans chaque établissement, donc plus d’établissements pour chaque professeur, donc moins de temps pour monter des projets de type échanges, voyages (pour approfondir ce point, nous vous invitons à lire le « Zoom sur les classes bilangues » en point 3).

Le Ministère a annoncé son intention de refaire la "carte des langues" en primaire, c'est-à-dire de faire en sorte que les langues à faible diffusion (allemand, italien, portugais...) soient enseignées dans suffisamment d'écoles, bien réparties sur le territoire, pour s'assurer que des élèves pourront continuer à apprendre  une langue autre que l'anglais en 6e  (pour approfondir ce point, nous vous invitons à lire le « Zoom sur les classes bilangues » en point 3).

Une autre piste évoquée pour maintenir les sections bilangues qui ne seraient pas alimentées par une école primaire est l'utilisation de la "marge heures professeurs", sans certitude que cette marge sera suffisante (pour approfondir ce point, nous vous invitons à lire le « Zoom sur les classes bilangues » en point 3).

Mise à jour de juin 2015 : La circulaire d'application du 30 juin 2015 (publiée le 2 juillet), qui vise à guider la mise en oeuvre de l'arrêté du 19 mai 2015 stipule que "Les élèves qui ont bénéficié à l'école élémentaire de l'enseignement d'une langue vivante étrangère autre que l'anglais ou d'une langue régionale peuvent se voir proposer de poursuivre l'apprentissage de cette langue en même temps que l'enseignement de l'anglais dès la classe de sixième. L'apprentissage de ces deux langues se fera à hauteur de 6 heures hebdomadaires. Les élèves doivent être répartis sur plusieurs classes pour éviter toute constitution de filières." La répartition entre les deux langues n'est pas clairement définie dans les textes. Un communiqué de l'ADEAF annonce qu'elle serait de 3h+3h. Mais en l'absence de réponse officielle, on peut s'attendre à des différences selon les établissements (3h+3h, 4h+2h...). Il est à noter que les élèves qui n'étudieront qu'une seule langue vivante étrangère ou régionale en 6e suivront cet enseignement à hauteur de 4h par semaine.

Mise à jour de décembre 2015 : La continuité des sections bilangues, qui sera permise ou non par la carte des langues, ne s'appliquera qu'à la classe de 6e. En effet, les élèves bilangues suivraient en 5e les mêmes horaires que les autres élèves (3h de LV1, et 2h30 de LV2). Des établissements prévoient d'ors et déjà de rassembler les élèves bilangues et ceux de LV2 à partir de la 5e, sans tenir compte de l'enseignement supplémentaire reçu en 6e.

En fin de 3e, les élèves devront atteindre en LV1 le niveau A2 dans les 5 activités langagières (compréhension de l'oral et de l'écrit, expression par écrit, expression orale en continu et en interaction), tandis qu'ils devront maîtriser en LV2 au moins 2 activités langagières sur les 5.

Il n'est donc pas prévu de reconnaître les cours supplémentaires de langues que les élèves bilangues auront suivis.


Evolution du nombre de bilangues par académie :
    Il est difficile de trouver des chiffres officiels cohérents : les sources officielles divergent très fréquemment et les constatations sur le terrain sont encore différentes (cf l'annonce pour l'académie de Nice de 103 bilangues par le dossier de presse du ministère et l'implantation effective de 92 seulement par la CALV, Commission Académique des Langues vivantes, d'après le site du Rectorat de l'académie). Nous faisons notre possible pour vous donner les chiffres les plus fiables, mais cela s'avère extrêmement compliqué, nous amenant à nous interroger sur les raisons pour lesquelles une information claire est si difficile à trouver.
  
    Il faut noter également que le nombre de bilangues annoncé par la Ministre est un maximum autorisé : pour chaque académie, le Recteur décide ensuite de l'implantation ou non de bilangues dans les collèges lors des CALV (qui n'ont pas eu lieu partout encore). Et les établissements autorisés à ouvrir une bilangue ne le feront peut-être pas, faute de moyens suffisants ou d'élèves volontaires dans cet établissement. Certains collèges maintiendront la bilangue, mais uniquement pour les élèves déjà au collège, afin qu'ils puissent terminer le cursus dans lequel ils se sont engagés : la bilangue ne sera plus proposée en 6e, ce qui signifie que la bilangue disparaîtra d'ici trois ans.
        Enfin, 
même là où une forte proportion de bilangues est préservée, cela n'empêche pas les fermetures, pour une éventuelle réouverture dans un autre établissement.

    Nous affinerons au fur et à mesure que les ajustements nous seront connus, en indiquant le nombre de bilangues effectives par académie, et les conditions de leur existence.
  
 Académies
 Sources
pour le nombre d'établissements ayant des bilangues avant la réforme du collège .

Sauf mention contraire, source : Rapport 2014-083 de l'IGEN, IGAENR à Madame la Ministre de l'Education Nationale, décembre 2014, "Classes bi-langues et sections européennes ou de langues orientales (SELO) en collège"
Base déclarative.

Nombre de collèges ayant une bilangue en 2014
 Nombre de collèges autorisés à proposer  une bilangue en 2016
(Données du Ministère)
 Nombre de bilangues officiellement implantées par le CALV
 Evolution  en %
 Aix-Marseille
   193      
 Amiens  **au moins (seuls collèges publics comptant une bilangue allemand-anglais, source ADEAF, janvier 2016)
176**
 132    -44  -25%
 Besançon  SNES-FSU, janvier 2016
99
 71    -28  -28%
 Bordeaux  Dossier de presse, Rectorat de l'académie de Bordeaux, 2014
134 (public)
 131    -3  -2%
 Caen  ONISEP 98
 4    -94  -96%
 Clermont-Ferrand    80  74    -6  -7,5%
 Créteil  ONISEP 323
 190   -133
 -41%
 Dijon ADEAF, janvier 2016

 116  
 -25%
 Grenoble  * nombre sous-estimé, qui recense les seuls collèges comptant une bilangue allemand-anglais, source : ADEAF, janvier 2016
 282*  106    -176  -62%
 Guadeloupe    36 28
   -8  -22%
 Guyane    16 14
   -2 -12%
 La Réunion
   78  59   -19
-24%
 Lille   252
 112   -140
 -56%
 Limoges    41  29   -12
 -29%
 Lyon   302
 89   -213
 -71%
 Martinique  
 44      
 Montpellier  
 181      
 Nancy-Metz  ONISEP 220  169   -51
-23%
 Nantes  ONISEP 270
 196   -74
 -27%
 Nice  
 103
 92
selon le Rectorat

 
 Orléans-Tours   150
 128   -22
-15%
 Paris  
 139     0%
 Poitiers   114**  56   -58
 -51%
 Reims  Note d'information n°22 - Janvier 2014 - Rectorat de l'Académie de Reims 102  34    - 68
 -67%
 Rennes  Moteur de recherche de l'Académie de Rennes - 22/01/2016
http://www.ac-rennes.fr/MoteurAnnuaire2D/jsp/listEtabs.jsp
168
 124    -44 -26%
 Rouen  ONISEP 165
 50   -115
 -70%
 Strasbourg   215
 171   -44
 -20%
 Toulouse  ONISEP  255  133   -122
 -48%
 Versailles  ONISEP 250
 211   -39
 -16%


Les sections européennes ou de langues orientales

Aujourd'hui

À partir de 2016

Les élèves qui le souhaitent peuvent bénéficier d’un enseignement renforcé de langue étrangère à partir de leur première année en section européenne ou de langues orientales (souvent la 4e, mais parfois la 6e) et d’un enseignement de discipline non-linguistique (ou DNL - par exemple histoire-géographie et/ou mathématiques enseignées dans la langue vivante en question) à partir de la troisième année (en général la 2de, mais parfois la 4e). Au total, ce sont 11 langues qui sont proposées.

L’objectif est non seulement de conforter la maîtrise de la langue étrangère, mais aussi de « sensibiliser les élèves aux enjeux de la citoyenneté européenne » (Éduscol). Ces sections permettent aussi de maintenir une certaine mixité sociale dans des établissements de quartiers plutôt défavorisés, car elles évitent la fuite des meilleurs élèves.

Là non plus, il ne s’agit pas nécessairement de classes à proprement parler : les élèves de section européenne sont regroupés pour suivre leurs cours de langue et, le cas échéant, leurs cours de DNL. 10,6% des élèves de 4e sont inscrits en section européenne (source : Rapport sur les classes bilangues et les sections européennes et de langues orientales, décembre 2014).

Ils peuvent poursuivre au lycée.

Le Ministère a jugé que ces classes étaient élitistes car elles ne profitaient qu’à une minorité d’élèves, et a décidé de les supprimer en collège afin de basculer leurs moyens sur l’apprentissage anticipé d’une LV2 (qui, rappelons-le, devait se faire à horaires constants à l’origine : 2h sur 3 niveaux au lieu de 3h sur 2 niveaux).


Les langues régionales

Aujourd'hui

À partir de 2016

Les élèves qui choisissent d’étudier une langue régionale peuvent le faire dans plusieurs dispositifs (Éduscol) :

  • La section bilingue langue régionale : les élèves suivent un enseignement de langue régionale et en langue régionale depuis l’école maternelle, à parité horaire avec le français (c'est-à-dire 50% en langue régionale, 50% en français). En collège, ils poursuivent l’étude de la langue (3h par semaine à chaque niveau de collège) et suivent une ou plusieurs DNL (le nombre d’heures dépend des matières concernées) en plus des LV1 et LV2.
  • Au Diplôme National du Brevet, ils peuvent passer l’épreuve d’Histoire-Géographie-Éducation civique et une partie de l’épreuve de Mathématiques dans la langue concernée. Leur diplôme mentionne leur parcours en langue régionale. Ils peuvent poursuivre en lycée, sur le même modèle.
  • L'option facultative Langue régionale à partir de la 6e ou de la 4e : il s’agit d’un enseignement à hauteur de 3h maximum par semaine.
  • Les sections bilingues langue régionale ne sont pas mentionnées dans l'ârrêté ni dans le décret. Mise à jour de juin 2015 : Cependant, dans la circulaire d'application, le Ministère précise que l'enseignement bilingue en langue régionale restera organisé selon les organisations pédagogiques contenues dans l'arrêté du 12 mai 2003 intitulé "Enseignement bilingue en langues régionales à parité horaire dans les écoles et les sections langues régionales des collèges et lycée".
  • La continuité sera proposée entre le primaire et le collège pour les élèves inscrits en section bilingue. La continuité est mentionnée dans l'arrêté du 19 mai 2015 concernant les langues vivantes étrangères ; la formulation devrait être revue afin d'englober les langues régionales. Ces filières devraient continuer à recevoir une dotation horaire spécifique*. La Ministre l'a confirmé lors de son audition au Sénat le 3 juin 2015, en soulignant que "L'article 8 de l'arrêté prévoit que les élèves qui ont étudié une autre langue que l'anglais en primaire, commenceront à l'étudier dès la sixième. Cela vaut aussi pour les langues régionales." Il reste donc à l'inscrire dans l'arrêté, afin que cette garantie soit effective.
  • L’option facultative Langue régionale pourrait avoir le même destin que l’option Langues et Cultures de l’Antiquité puisqu’elle en partage les caractéristiques (caractère facultatif, horaires) : elle pourrait être intégrée à un EPI dans les établissements qui en feraient le choix (mais sur quelles matières pourra-t-on prélever des heures pour organiser un enseignement de langue régionale ?!), et/ou fonctionner au moyen de la « marge heures professeurs » (mais les dédoublements de sciences et de langues ainsi que le co-enseignement ont été désignés comme prioritaires par le Ministère pour l’utilisation de cette marge).
  • Mise à jour de juillet 2015 : La circulaire d'application du 30 juin 2015 prévoit qu'un même élève pourra suivre l'EPI Langues et cultures régionales plusieurs années à la suite : "Une même thématique interdisciplinaire peut être suivie par un élève au cours de chacune des trois années du cycle 4. [...] un élève peut suivre l'enseignement pratique interdisciplinaire Langues et cultures étrangères et régionales en cinquième, quatrième et troisième. Il peut en outre suivre, de la cinquième à la troisième, l'enseignement de complément de langue régionale" (circulaire d'application). Il semble toutefois qu'un élève puisse décider de ne suivre l'EPI et l'enseignement de complément qu'à certains niveaux : comment, dans ce cas, organiser un enseignement efficace auprès des élèves qui ne passeraient qu'un semestre dans l'EPI ? comment concilier la progression des élèves qui l'auraient choisi pour un semestre, et la progression des élèves qui choisiraient de suivre cet EPI toute l'année, de la 5e à la 3e ?
  • De plus, l'option langue et culture régionale est actuellement proposée dès la 6e, avec un financement sur la dotation horaire spécifique*. Comment continuer à proposer cet enseignement en 6e à partir de 2016, dans la mesure où les EPI et les enseignements de complément ne commenceront qu'en 5e ? Le décret et l'arrêté du 19 mai 2015 ne prévoient pas ce cas de figure.
  • La circulaire d'application du 30 juin 2015, cependant, prévoit le maintien des enseignements de d'initiation et de sensibilisation en 6e, sans toutefois en préciser le financement (il semble que cet enseignement sortirait de la dotation spécifique ; et serait alors financé sur la marge horaire).

 

* dotation horaire : les collèges reçoivent chaque année un nombre d'heures qui leur permettent d'organiser les enseignements. C'est la dotation horaire globale (DHG). Ces heures ne sont pas nommées "Français", "Mathématiques" etc. : c'est au chef d'établissement de répartir ces heures dans le respect des horaires légaux (pour les élèves et pour les professeurs). On parle de dotation horaire spécifique quand le collège reçoit des heures destinées à organiser des enseignements précis, en plus de la dotation horaire globale. C'est le cas des filières bilingues, qui reçoivent par exemple "12h d'occitan" (3h à chaque niveau), "12h30 d'histoire-géographie en occitan"... qui s'ajoutent à la dotation horaire globale.


Le cabinet du Ministère de l'Éducation Nationale a été sollicité par des associations réunissant des enseignants de langues régionales, inquiètes de l'avenir de l'enseignement des langues et cultures régionales dans le Collège 2016.
Le cabinet du Ministère s'est voulu rassurant, dans un courrier adressé fin avril 2015 (cliquer sur l'onglet "Réforme des collèges").
Il y assure que "Les enseignements bilingues ne sont pas impactés par la réforme du collège," que la réforme du collège serait bénéfique pour l'enseignement des langues régionales en LV2 (le début de l'apprentissage étant avancé à la classe de 5e) et pour l'enseignement optionnel (à travers l'EPI et l'enseignement de complément, accessibles à partir de la 5e).
Cette réponse, qui affirme la volonté de maintenir l'enseignement des langues et cultures régionales, laisse des incertitudes quant aux modalités de cet enseignement à partir de 2016 :
  • L'enseignement dans le cadre de l'EPI Langue et Culture régionales ne pourra pas être un enseignement de langue (l'EPI est destiné à être suivi une seule fois en 3 ans, il n'y a aucune certitude qu'il pourra être suivi chaque année par un même élève, ce qui serait nécessaire pour apprendre une langue) ; de plus, quelles disciplines contribueraient à cet EPI ?
  • En comparaison avec l'option actuelle, l'enseignement de complément représenterait une diminution des horaires de langue régionale sur l'ensemble du collège (dans le cas de l'option 3h choisie en 4e et continuée en 3e, ce sont 6h hebdomadaires qui sont suivies par un élève ; dans le cas de l'enseignement de complément suivi de la 5e à la 3e, ce seraient 5h maximum). De plus, l'enseignement de langue et culture régionales peut aujourd'hui être choisi dès la 6e ; avec la réforme du collège, il ne pourrait être commencé qu'en 5e.
  • L'arrêté du 19 mai 2015 prévoit la continuité d'un enseignement de langue vivante étrangère autre que l'anglais étudiée au primaire : les langues régionales seront exclues de cette possibilité si le texte est appliqué strictement ; cette formulation devrait être modifiée afin d'intégrer les langues régionales.
  • L'avancement de la LV2 en 5e ne bénéficiera pas aux langues régionales : elles ne sont qu'exceptionnellement choisies en LV2 par les élèves, qui préfèrent les suivre dans le cadre des options facultatives (la concurrence entre une langue étrangère et une langue régionale bénéficie presque toujours à la langue étrangère) ; par contre, l'enseignement des langues régionales risquerait de pâtir de la réduction des options (réduction horaire, et peut-être obligation de suivre l'EPI pour accéder à l'enseignement de complément).
  • S'il doit être organisé sur la marge heures professeurs, l'enseignement de langue et culture régionales se trouvera en concurrence avec les dédoublements, les groupes, le co-enseignement : il n'est pas certain que les établissements auront les moyens de proposer un enseignement de langue et culture régionales, qui n'est pas parmi les priorités énoncées par le Ministère pour l'utilisation de la marge.
  • Mise à jour de juin 2015 : Le Ministère n'a pas répondu clairement aux questions sur les dotations horaires spécifiques : seront-elles maintenues pour l'enseignement de ce qui est aujourd'hui une option et qui devrait devenir un enseignement de complément ? Le principe selon lequel les filières bilingues bénéficieront d'une dotation spécifique semble acté, mais ce n'est pas le cas pour les enseignements optionnels.

C'est, en substance, ce que l'une des associations concernées a fait remarquer dans un communiqué, en réponse au courrier du Ministère.

 

Les sections internationales

Aujourd'hui

À partir de 2016

Le collège n’est qu’une partie de ce dispositif, qui commence en primaire et se poursuit en lycée. Les sections internationales accueillent des élèves étrangers et des élèves français désireux de se perfectionner dans l’une de la quinzaine de langues proposées.

Ils y suivent 4h d’Histoire-Géographie par semaine, dont 2h en langue étrangère, et au moins 4h de Lettres étrangères, elles aussi enseignées en langue étrangère. Les programmes tiennent compte à la fois des programmes français et des programmes du ou des pays étrangers concernés (education.gouv.fr).

Les élèves peuvent obtenir la mention « Option internationale » au Diplôme National du Brevet.

Le site Éduscol stipule que les sections internationales seront maintenues dans les formes actuelles.

3. Zoom sur les classes bilangues

Les classes bilangues sont-elles élitistes ?

Actuellement, les classes bilangues sont accessibles aux élèves qui en font la demande, quelle que soit la langue qu’ils ont étudiée en primaire. Il arrive cependant que des établissements ne puissent pas inscrire en bilangue tous les élèves qui le souhaitent, lorsque ces établissements n'ont pas obtenu des services académiques le nombre d'heures nécessaires à l'organisation de l'enseignement d'une deuxième langue en 6e et 5e. 70,21% des collèges proposent une (et parfois plusieurs) section bilangue. De nombreux élèves peuvent donc faire le choix du bilangue.

Cependant, la répartition des classes bilangues est très inégale : 100% des collèges de l’Académie de Strasbourg et 90% de ceux de l’Académie de Paris ont des sections bilangues ; ils ne sont que 51,7% dans l’Académie de Caen et 40,4% dans l’Académie de Toulouse qui expérimente cette année la généralisation de la LV2 en 5e (source : Rapport sur les classes bilangues et les sections européennes et de langues orientales, décembre 2014, page 17).

Les élèves qui ont appris deux langues étrangères dès le début du collège sont plus nombreux que la moyenne à se lancer dans l’apprentissage d’une troisième langue vivante au lycée : le fait d'apprendre deux langues étrangères à un jeune âge motive les jeunes à apprendre plus de langues encore lorsqu’ils grandissent, et rend plus facile cet apprentissage (par exemple dans l'Académie de Strasbourg, qui a fortement développé l’enseignement des langues : 16,2% des élèves qui ont étudié deux langues vivantes en 6e choisissent une 3e langue vivante en Seconde ; la moyenne nationale est de 6,9%).

Les élèves des sections bilangues et des sections européennes ont, en moyenne, des résultats nettement plus élevés que les autres collégiens, en langues vivantes mais aussi en Français, en Mathématiques et en Histoire-Géographie (2 à 3 points d’écart de moyenne). Il est difficile de savoir si ces résultats sont dus à l’enseignement lui-même ou au profil des élèves qui choisissent ces sections (même en dehors de toute sélection par l’établissement, ces élèves sont motivés et sont capables d’assumer une charge de travail supplémentaire) (source : Rapport sur les classes bilangues et les sections européennes et de langues orientales, décembre 2014, pages 5 et suivantes).

Ces élèves se disent très satisfaits de leur choix, affirment qu’ils bénéficient de bonnes conditions de travail et que le fait d’apprendre une langue en plus leur donne de bonnes habitudes de travail, qui les aident à réussir dans les autres matières aussi (source : Rapport sur les classes bilangues et les sections européennes et de langues orientales, décembre 2014, page 14).

Ces élèves sont plus souvent que la moyenne issus de catégories sociales favorisées. Mélangés aux élèves des autres classes, ils constituent une tête de classe qui bénéficie à tous (source : Rapport sur les classes bilangues et les sections européennes et de langues orientales, décembre 2014, pages 21-22).


Pourquoi le débat se cristallise-t-il autour des sections bilangues allemand ?

Historiquement, c’est avec l’Allemagne que la France a passé les premiers accords internationaux qui ont permis le développement des sections bilangues. Des accords avec l’Espagne, l’Italie, le Portugal, ont ensuite été signés (source : Rapport sur les classes bilangues et les sections européennes et de langues orientales, décembre 2014, page 20).

Ainsi, cela fait plus de 50 ans que la France et l'Allemagne oeuvrent à tisser des liens. Voici quelques étapes marquantes :

  • Traité de l'Elysée : reconnaissance de l'importance de la maîtrise de la langue du partenaire, engagement d'en promouvoir l'enseignement.
  • Plan de relance de l’allemand en France et du français en Allemagne (Sarrebruck, 12.11.2004) : présence de l'allemand sur tout le territoire, mesures en faveur de l'enseignement de l'allemand (primaire, classes bilangues de collège, classes européennes en allemand, échanges)

  • Agenda franco-allemand 2020 - 12e Conseil des ministres franco-allemand (Paris, 4.02.2010) : intensification des échanges, rapprochement des systèmes éducatifs (feuille de route pour 2020).

À chacune de ces étapes, la volonté de renforcer l'enseignement de la langue du pays partenaire est clairement et concrètement énoncée. Les engagements sont réciproques.

Les enjeux sont culturels, mais aussi économiques : l'Allemagne est le premier partenaire économique de la France, et l'allemand est, en France, la deuxième langue utilisée lors des échanges commerciaux (après l'anglais).

L’Allemagne a donc réagi vivement, et tout à fait officiellement, à la réforme du collège : l’ambassadeur d’Allemagne en France a demandé à rencontrer la Ministre française de l’Éducation nationale à ce sujet (Le Figaro : « Enseignement de l’allemand au collège : l’ambassadeur inquiet »).

Le Ministère de l’Éducation nationale a tenté d’apaiser les craintes de l’Allemagne en proposant d’aménager la réforme du collège.


Qu'est-ce que la réduction des sections bilangues changerait dans les établissements, concrètement ?

Dans les collèges qui fermeraient leurs sections bilangues, le nombre d'heures de LVB (allemand, italien, portugais...) enseignées chaque semaine diminuerait fortement (de 12h à 7h30 en cas de suppression du bilangue, et même de 14h ou 16h* à 7h30 si le collège comportait en plus une section européenne).

De nombreux professeurs d'allemand devraient alors enseigner sur trois établissements pour travailler à temps plein ; mais il n'est pas certain, en raison de la fermeture de nombreuses sections bilangues, que tous puissent être nommés dans des établissements proches les uns des autres : avec plus de classes, dispersées sur plus d'établissements (potentiellement éloignés qui plus est), ces professeurs ne pourraient plus s'investir comme ils le font dans l'organisation d'échanges, de voyages, qui sont pourtant reconnus pour leur efficacité dans l'apprentissage d'une langue.

* les 14h ou 16h correspondent au cumul :
- de la section bilangue, à raison de 3h hebdomadaires pendant 4 ans (soit 12h au total)
- de la section européenne, 1h ou 2h par semaine (selon les établissements) en 4e et en 3e (soit 2h à 4h sur ces deux années de collège). N.B. : Les élèves de section européenne reçoivent aussi parfois, en plus, un enseignement de DNL (exemple : Histoire-Géographie en langue étrangère).


Quels aménagements permettraient de maintenir les classes bilangues existantes ?

Fin avril, face aux contestations des enseignants d’allemand et de l’Allemagne, le Ministère de l’Éducation nationale a proposé deux aménagements afin de permettre aux classes bilangues actuelles de continuer à exister :

  • Refaire la "carte des langues" en primaire, c'est-à-dire faire en sorte que les langues à faible diffusion soient enseignées dans suffisamment d'écoles, bien réparties sur le territoire, afin de diversifier l'offre des langues dans les écoles primaires. Mise à jour de juin 2015 : La future carte des langues sera élaborée au niveau national et correspondra à des objectifs chiffrés. Des postes à profil seront désignés, afin qu'un professeur ayant les compétences en langue soit nommé sur le poste. Il pourra aussi être fait recours à des intervenants extérieurs. (source : audition de Madame Najat Vallaud-Belkacem au Sénat le 3 juin 2015). Mise à jour d'octobre 2015 : La carte des langues devrait être publiée en décembre 2015, en vue d'une mise en oeuvre à la rentrée scolaire 2016 (circulaire n°215-173, publiée au Bulletin Officiel du 22 octobre 2015).
    On peut cependant se demander sur quels critères ces écoles (et donc ces élèves) seront choisies, surtout que les professeurs des écoles sont peu nombreux à pouvoir enseigner l'allemand par exemple.
    De plus, ce système autoriserait certains élèves à choisir une section bilangue en 6e (ceux qui auraient eu la possibilité
    de faire une autre langue que l'anglais en primaire parce que la carte des langues le permettait), tandis que d'autres élèves n'auraient pas cette possibilité.
    Statistiquement, ces élèves habiteraient pour la plupart en ville, où les professeurs des écoles sont plus nombreux, donc plus susceptibles de proposer un enseignement de langue étrangère autre que l'anglais du CP au CM2. En conséquence, les sections bilangues de nombreux collèges ruraux seraient condamnées, y compris dans les régions frontalières, où cet enseignement est pourtant un atout pour les élèves.

  • Utiliser la "marge heures professeurs".
    Cette marge (2h45 par classe à la rentrée 2016, 3h à partir de 2017) est laissée à la disposition de l'établissement pour organiser le travail en petits groupes (AP, EPI, sciences, langues obligatoires...), le co-enseignement (deux professeurs présents avec une même classe sur une même heure de cours), les enseignements de complément (langues et cultures de l'Antiquité, langues et cultures étrangères ou régionales).
    Cette marge est insuffisante pour permettre tout cela à la fois : les établissements devront faire des choix. Cette piste ne permet donc pas de garantir que les sections bilangues pourront être maintenues.


4. Les inconnues de la réforme du collège

De nombreuses données sont encore inconnues, empêchant d’anticiper pleinement la réforme du collège et ses effets sur les langues vivantes :
  • « Les élèves qui ont bénéficié de l’enseignement d’une langue vivante étrangère autre que l’anglais à l’école élémentaire peuvent se voir proposer de poursuivre l’apprentissage de cette langue en même temps que l’enseignement de l’anglais dès la classe de sixième. Le cas échéant, une dotation horaire spécifique (c'est-à-dire des heures attribuées à l’établissement pour organiser des cours dans le cadre de la bilangue) peut être attribuée à cette fin. » (article 8 de l'arrêté du 19 mai 2015).
  • Qui attribuerait donc cette dotation horaire spécifique (ministère, Rectorat, autre ?) ? Comment serait-elle financée et pérennisée, dans un contexte de réduction budgétaire ? Quelles seraient les conditions d'attribution de cette dotation (effectifs, volonté du chef d’établissement, projet pédagogique du collège, carte des langues dont la publication est prévue en décembre 2015, présence d’autres options… ?) ? Quels établissements pourraient y prétendre ? Combien d'heures seraient attribuées ?… Pourquoi ces questions, posées au Ministère, restent-elles sans réponse ?
  • Dans la mesure où les sections bilangues dites "de continuité" ne recevront pas de dotation spécifique pour leurs élèves bilangues de 5e, 4e et 3e, les anciens bilangues devront-ils rejoindre le groupe de débutants LV2 à partir de la classe de 5e ? ou bien les établissements choisiront-ils d'utiliser leur marge d'autonomie pour regrouper les anciens bilangues en cours de langues ? ou bien les établissements choisiront-ils de ne pas proposer en LV2 la langue de la section bilangue, afin de faciliter la formation des groupes ?
  • Dans les collèges qui perdront leur section bilangue, sera-t-il possible en 2016 d'avoir, pour la langue concernée, un groupe d'élèves de 5e LV2 débutants en parallèle du groupe des 5e anciennement bilangues ? Les moyens seront-ils alloués pour que les élèves ayant déjà un an d'apprentissage de la langue puissent continuer à progresser malgré la suppression de leur section bilangue ?
  • Quels choix feront les établissements qui ne pourront pas, en raison d’une marge faible (2h45 puis 3h par classe), financer tout ce qui est prévu par la réforme du collège (AP en petits groupes, dédoublements, co-intervention de deux professeurs dans une classe, enseignements de complément, bilangue…) : sacrifieront-ils le travail en petits effectifs ou le panel de choix qui permettent aux élèves de construire un parcours en accord avec leurs goûts et leurs projets d’avenir ?
  • Quel apprentissage de la langue pourra être proposé aux élèves dans le cadre des EPI et des enseignements de complément si, dans un même groupe, on trouve des élèves inscrits certains pour un semestre, d’autres pour les 3 années de collège ?
  • Quelles disciplines accepteront de participer aux EPI Langues et cultures régionales ? On imagine mal un enseignant de Français, de Mathématiques, de SVT… accepter de baisser son nombre d’heures d’enseignement commun pour permettre l’existence d’un EPI pour lequel il n’a aucune compétence et qui ne lui permettra pas de mener à bien son programme.
  • Comment assurer que les langues autres que l'anglais seront encore enseignées en primaire dans les prochaines années ? La réforme de la carte des langues affiche cette ambition, mais le permettra-t-elle ? Les interventions d’enseignants de collège dans les classes de primaire se multiplieront-elles et si oui, selon quelles modalités ? Sera-t-il fait appel à des intervenants extérieurs comme évoqué lors des questions au gouvernement le 13/05/2015 (vers 19mn30), et notamment à des locuteurs natifs comme cela est inscrit dans la circulaire du 20 octobre 2015 ? Comment ces intervenants, qui se retrouveraient chargés de faire débuter des élèves dans une langue étrangère, seront-ils recrutés, formés, rémunérés ?
  • Quels projets les professeurs de langue vont-ils pouvoir organiser (échanges, voyages, correspondance…) s’ils doivent enseigner dans des établissements plus nombreux et aux projets pédagogiques variables ?
  • Que vont devenir les sections européennes de lycée après la suppression des sections européennes de collège ? Seront-elles supprimées à leur tour ? Seront-elles maintenues ? Dans le cas d'un maintien, le niveau des élèves y sera plus faible qu'aujourd'hui car ils n'auront pas pu bénéficier d'un enseignement renforcé de langue vivante en collège (l'enseignement de la LV2 dès la 5e ne compense pas la perte de l'enseignement renforcé dont bénéficient les élèves des sections européennes), et éventuellement de matières enseignées en langue étrangère.
  • Comment garantir l’égalité des élèves sur le territoire national si le panel d’enseignements proposés dépend à la fois du contexte (possibilité de s’inscrire en section internationale dans les grandes villes seulement), de la volonté du Rectorat (dotation spécifique des bilangues), du projet d’établissement (gestion de la marge) ?
  • Quelles seront les conséquences de la réduction des sections bilangues sur les accords internationaux et sur l’enseignement du français à l’étranger, puisqu’il s’agit d’accords réciproques ?
  • Mise à jour d'octobre 2015 : Certains établissements privés utiliseront-ils leurs fonds propres pour continuer à proposer des sections bilangues sans continuité avec le primaire, comme le Secrétaire Général de l'Enseignement catholique l'a laissé entendre (à ce sujet, voir la page "Et le privé sous contrat ?") ?
Les textes officiels publiés par le Ministère dans le cadre de la réforme du collège (arrêté, décret, projets de programmes, circulaire d'application) ne répondent à aucune de ces questions.
La FAQ publiée sur Éduscol et la communication médiatique du Ministère n’ont aucune valeur juridique, et ne garantissent donc pas la mise en place dans les établissements des aménagements promis.

Page mise à jour le 27 janvier 2016.