Emploi du Temps‎ > ‎

La Marge en Pratique

La marge (marge professeur, heure professeur) est une notion inconnue de la plupart des parents d'élèves, ce qui est bien normal vu que leurs enfants reçoivent des heures qui sont de fait des « heures élève ». Typiquement, pour mettre en place des Travaux Pratiques (TP) de Sciences en demi-groupe, il est nécessaire de faire appel à un complément d'heures. En effet, dans ces cours en demi-groupe, chaque élève reçoit une heure de cours, mais pour cela le professeur de la classe, lui, a dispensé son cours à chaque groupe, autrement dit il a effectué 2 heures. Cette seconde heure, indispensable pour proposer 1h en demi-groupe à tous les élèves, est apportée par une enveloppe particulière : la marge horaire.

La marge horaire, ce ne sont donc pas des heures qui s'ajoutent à l'Emploi du Temps (EDT) de l'élève. Ce sont les « heures professeur » qui permettent de proposer aux élèves des cours en petits groupes, ou des cours encadrés par plusieurs professeurs. Dans les textes, elle est appelée « marge horaire non affectée à répartir par l'établissement ».

Ces heures sont attribuées à l'établissement par classe (ce que les textes nomment « division ») et par semaine. Elles peuvent ensuite être utilisées classe par classe, mais Il est fréquent que les heures de marges soient globalisées et réutilisées par niveau. La globalisation d'une partie de ces heures entre différents niveaux peut permettre, par exemple, de proposer un atelier de conversation en langue vivante, à la fois à des 5e et à des 4e.

Le travail en effectif réduit est loin de se traduire systématiquement par un travail en demi-classe. Pour rester sur l'exemple des TP de Sciences, nous avons vu qu'1h en demi-classe nécessite 1h de marge par classe pour les SVT, encore 1h pour la Physique-Chimie et encore 1h pour la Technologie. Les enveloppes n'étant pas très conséquentes, une façon plus économique d'affecter une marge à chacune de ces 3 disciplines consiste à faire des groupes un peu plus grands qu'une demi-classe. En pratique, il s'agit d'obtenir des groupes juste assez allégés pour s'adapter au nombre de paillasses dans les salles expérimentales. Cela peut aller jusqu'à des combinaisons relativement complexes. Par ex. les 4 classes de 5e d'un collège peuvent se trouver réparties en 5 groupes de TP.  Dans ce cas, pour 1h de cours à ces 4 classes, ce ne sont pas 4h (1h x 4 classes) mais 5h de temps d'enseignement (1h x 5 groupes) qu'il faut mobiliser. Cette organisation ne demande qu'1h de marge pour tout le niveau 5e (au lieu de 4h en demi-classe), soit 0h15 de marge pour chacune des 4 classes de 5e.
Ce dernier exemple de répartition est certes plus économe en marge mais il est clair qu'elle complique nettement le suivi des élèves (qui n'ont plus forcément l'enseignant de la classe en TP), qu'elle ne permet qu'une relative diminution du nombre d'élèves par groupes (dans notre exemple, 4 classes de 28 élèves serait réparties en 3 groupes de 22 et 2 groupes de 23 élèves) et qu'elle repose sur une souplesse des EDT qui n'existe pas toujours.



Actuellement

Les textes indiquent une marge pour les niveaux 6e, 5e et 4e, à raison d'une heure pour une classe de 6e [1] ; d'une demi-heure pour une classe de 5e ainsi que pour une classe de 4e [2]. En regard, des horaires en effectifs réduits sont mentionnés dans les textes pour la classe de 6e (à raison de 30 minutes par semaine en Français, SVT et Technologie). Notons au passage que l'heure de marge accordée en 6e n'est pas suffisante pour une organisation en demi-classe aux 3 matières, puisque comme nous l'avons vu 1h30 en demi-groupe (3 disciplines x 0h30) nécessitent en fait 1h30 de marge.

A cette marge au sens strict s'ajoute dans les faits l'accompagnement éducatif (AE), d'une durée indicative de deux heures par classe sur chacun des 4 niveaux, qui permet de proposer aux élèves volontaires : l’aide aux devoirs et aux leçons, la pratique sportive, artistique ou culturelle...[3].
Soit au total sur les 4 niveaux du collège : 2h de marge au sens strict et jusqu'à 8 heures d'AE.

Marge et AE permettent de proposer (liste non exhaustive) :
  • des cours en effectifs réduits (quelle que soit l'organisation choisie). 
  • l'accompagnement personnalisé (AP) au-delà du niveau 6e où 2h d'AP sont inscrites dans les horaires hebdomadaires (cf. AP).
  • une aide individualisée.
  • l'intervention de plusieurs professeurs sur un même cours ou sur un projet. En effet, si 2 professeurs interviennent sur la même heure de cours pour les élèves, ce sont bien 2h (1h x 2 enseignants) qu'il faut mobiliser. Là encore, toutes les organisations sont possibles, conduisant à différents « coûts » en marge horaire.
  • l'aide aux devoirs en effectifs réduits.
  • des pratiques sportives, artistiques ou culturelles en petits groupes.


Actuellement, la marge est indépendante de la mise en place des options. Lorsqu'une option est ouverte dans un collège, l'enveloppe horaire spécifique correspondante est accordée en plus à l'établissement. Au total, un collège reçoit pour son fonctionnement : les heures mentionnées que doivent recevoir les élèves, matière par matière et niveau par niveau (cf. Grille Horaire), les enveloppes horaires correspondant aux options qu'il propose (cf. Options), et une dotation pour la marge horaire.

La dotation se calcule à partir d'un indicateur hebdomadaire (cf. Grille Horaire). Il s'agit en fait, à partir de la Grille Horaire, d'additionner les heures d'enseignement sur l'ensemble du cursus en conservant la base hebdomadaire : pour chaque discipline, les horaires de 6e, de 5e, de 4e et de 3e sont cumulés. En quelque sorte, on additionne les heures d'une semaine de 6e, d'une semaine de 5e, d'une semaine de 4e et d'une semaine de 3e.
Pour retrouver les heures par an (ou sur l'ensemble des quatre années de la scolarité au collège), il suffit de multiplier par 36 (le nombre de semaines d'une année scolaire) l'horaire hebdomadaire (ou l'horaire cumulé sur les quatre années de scolarité).
Ce point est un peu technique, mais il vous permettra de mieux appréhender les chiffres mentionnés dans les textes de l’Éducation Nationale.

Actuellement, les élèves reçoivent sur les 4 années du collège l'équivalent de 108h30 de cours hebdomadaires (cf. Grille Horaire). Si on y ajoute les 2h de marge strictement définie par les textes, on obtient une dotation de 110h30. C'est cette valeur qui est retenue pour décrire la situation actuelle dans tous les textes officiels concernant la Réforme du collège. On peut noter que cette dotation de 110h30 n'est dans les faits qu'un plancher. Tout d'abord parce qu'aujourd'hui les options sont mises en place sur des dotations complémentaires : une section bilangue, un groupe de Latin ou une 3e DP3 sont mises en place sur des heures ajoutées à la dotation initiale. Et ensuite parce qu'il faut également y ajouter les heures d'accompagnement éducatif (AE), en nombre variable, fonction de l'utilisation qui en est faite par chacune des équipes.

En l'absence de compte précis des heures d'AE accordées globalement pour les collèges, nous pouvons tout de même estimer la dotation réelle moyenne en intégrant les différentes options actuellement suivies par les élèves de collège. En partant d'une base de 110h30 pour les élèves choisissant de ne suivre aucune option, des apports horaires de chaque option (cf. Options) et du pourcentage d'élèves qui suivent chacune (cf. Options), on obtient une moyenne pondérée d'environ 114h de dotation de la 6e à la 3e.


À la rentrée 2015, modification du financement des heures d'accompagnement éducatif (AE)

Une modification de l'accompagnement éducatif (AE) se profile pour la rentrée 2015 : son financement ne sera maintenu que dans les collèges ZEP (REP et REP+ pour les nouveaux acronymes consacrés).[4]

Cette mesure relève de la Refondation de l’Éducation Prioritaire 2014-2015[5] , et non strictement de la Réforme du collège 2016. Mais les liens entre les deux sont évidents : la Refondation de l’Éducation Prioritaire concerne toute la scolarité de la maternelle jusqu'au baccalauréat, mais ses grandes lignes rejoignent très clairement celles de la réforme du collège. Le « renforcement de l’action pédagogique et éducative » et la place du « travail collectif » ne sont pas sans rappeler les EPI mis en place par la Réforme du collège (cf. EPI).
La Ministre elle-même associe pleinement Refondation et Réforme du Collège dans la « lutte contre les inégalités scolaires »[6] , et compte tenu du calendrier de mise en place de cette Refondation et de ses importantes conséquences sur la Marge Horaire, il est impossible de l'exclure de la réflexion sur la Réforme du Collège.

Autrement dit, avec la Refondation de l’Éducation Prioritaire : 85% des collèges ne pourront plus bénéficier du financement des heures d'accompagnement éducatif.
Pour 80% des élèves, ce sera la fin des clubs archéologie ou théâtre, des ateliers de découvertes qui participaient à donner vie à la pause méridienne, et la fin de l'aide aux devoirs.

Il est légitime de vouloir accentuer les efforts vers les collèges qui en ont le plus besoin. Mais pour cela supprimer brutalement les moyens à ceux qui ne relèvent pas de REP (ou qui n'auront pas décroché leur classement en REP...), n'est-ce pas simplement nier qu'il existe des élèves en difficulté dans tous les collèges ?


Avec la Réforme du collège en 2016, la marge sera à la fois augmentée et beaucoup plus fortement sollicitée

La Réforme du collège porterait la marge à 2h45 pour chacun des 4 niveaux du collège en 2016, puis à 3h à partir de 2017.

  • Soit un total de 11h de marge pour la rentrée 2016, portant la dotation de la 6e à la 3e à 115h. Et à partir de 2017 un total de 12h, portant la dotation de la 6e à la 3e à 116h. Au passage était-il indispensable que les collèges hors-ZEP redescendent brutalement d'une marge totale qui pouvait aller jusqu'à 10h (depuis 2008 avec l'AE) à un total de seulement 2h à la rentrée 2015, avant de se revoir attribuer un total de 11h à la rentrée 2016 ?
  • Dans le projet d'Arrêté [7] on relève une formulation nouvelle. Actuellement, les heures de marge sont mentionnées sous la même forme que les horaires par matière de la Grille Horaire : 1h ou 0h30 pour tel niveau. Avec la réforme du collège le nombre d'heure de marge sera « arrêté par le recteur d'académie » (qui n'intervenait pas dans la définition des horaires de marge jusque alors), et ce « sur la base de » 2h45 pour la rentrée 2016, puis « sur la base de » 3h à compter de la rentrée 2017. Faut-il comprendre derrière cette formulation que le recteur d'académie pourra attribuer davantage ou au contraire moins ? qu'il pourra différencier les marges au sein de l'académie ? sur la base de quels critères ? Autre interrogation qui reste en suspens : jusqu'à quel point les élus de 2017 se sentiront-ils liés par les bases indiquées aux recteurs par les élus actuels ? 

L'augmentation de la marge cumulée sur les 4 années de collège est conséquente en regard de la marge « stricte » des textes actuels, avec une augmentation de +9h en 2016, puis de +10h à partir de 2017. Elle est plus relative si l'on considère non pas la dotation plancher actuelle (110h30), mais la dotation pondérée par l'existence des options actuelles : 114h (cf. fin point 1.). De ce point de vue, l'augmentation ne serait que d'+1h en 2016, et de +2h à partir de 2017, sachant qu'avec la Réforme du collège les enseignements de compléments éventuels ne viendraient plus s'ajouter à la dotation mais devraient être pris sur la marge réformée déjà incluse (la dotation restera donc de 115h puis de 116h pour les collèges proposant un des trois enseignements de complément (latin, grec ou LCR). L'augmentation de la marge de manœuvre des établissement parait se faire en grande partie au prix de la suppression d'heures de cours pour tous les élèves (104h30 de la dotation seront à l'emploi du temps de l'élève avec la réforme du collège contre 108h actuellement et hors option) et des heures qui permettaient la tenue des options jusque-là. Sans vouloir remettre en cause l'annonce de 4000 postes supplémentaires pour accompagner la hausse de la dotation avec la Réforme du collège, on peut se demander si la restriction des heures d'AE aux seuls collèges REP ne finance pas en partie l'augmentation de la marge, même si ce point est impossible à chiffrer avec les informations dont nous disposons.

Un des objectifs annoncés de la réforme du collège est que « 20 % du temps [soit] consacré aux nouvelles modalités d'enseignement » [8]. Si l'on cumule les heures allouées à l'emploi du temps pour l'accompagnement personnalisé (AP) et pour les projets (EPI) sur les 4 années du collège, on obtient 15h d'AP+EPI. Sur 104h totales à l'emploi du temps réformé sur les 4 années du collège (cf. Grille Horaire, Tab. 3), ces 15h ne représentent que 14.4% des heures d'enseignement (des heures élèves). C'est plus que les 5.5 % actuels (6h pour l'AP et les projets pour 108h30 d'enseignement). Mais ce n'est pas 20% du temps de l'élève. En fait, cette proportion s'appuie sur un autre point de vue : celui de la dotation (l'ensemble des heures dont l'établissement est doté). Qu'importe qu'il s'agisse d'heure élève ou d'heure professeur (qui éventuellement refait son cours à l'autre moitié de la classe), ce sont en fait 20% du budget qui pourront être affectés « à la carte » par chaque établissement. En effet, si l'on ajoute les 12h de marge aux 15h d'AP+EPI, alors les 27h résultantes correspondent à 23% de la dotation globale (104h de cours + 11 ou 12h de marge).

Pour autant, les élèves ne bénéficieront pas d'ateliers en petits groupes sur 20% de leur emploi du temps.
Si l'on considère qu'une classe standard de collège contient 28 élèves, voyons ce que l'on peut proposer avec 2h45 de marge  :
  • si l'on souhaite des effectifs réduits de moitié, la marge réformée permet la réalisation de 2h45 de cours en effectif réduit (11% des heures de l'EDT - groupes de 14 élèves).
  • si l'on imagine des effectifs tels que ceux mentionnés dans les ex. d'EPI ministériels (cf. Dossier de presse sur la Réforme du collège), de l'ordre d'1/6e de la classe, la marge réformée permet la réalisation de 0h33 de cours en effectifs réduits (2% des heures de l'EDT - groupes de 4 à 5 élèves).
  • dans l'hypothèse où il serait possible de réduire plus légèrement l'effectif en répartissant 2 classes entre 3 professeurs, la marge réformée permettrait alors la réalisation de 5h30 en effectif réduit (soit 21% des heures de l'EDT - groupes de 19 élèves). Avec, d'une part, la complexité d'organisation que cela représente (il suffit que le collège soit petit ou qu'un professeur de l'équipe travaille sur deux établissements pour voir apparaître des problèmes), et avec d'autre part la difficulté pour suivre des élèves travaillant avec un autre enseignant que celui en charge de la classe, il est évident que toute la marge ne sera pas utilisée dans cette configuration.

Pour l'utilisation de cette marge de manœuvre, les textes indiquent  :
  • qu'elle doit être répartie proportionnellement aux besoins définis par le projet d'établissement[9]
  • qu'elle permet également, dans le cadre du projet pédagogique, de proposer pour les élèves volontaires un enseignement de complément en Langues et Culture de l'Antiquité ou en Langues et Culture Régionales [9]
  • qu'elle est répartie par décision du conseil d'administration, après consultation et avis du conseil pédagogique, et conformément au projet d'établissement [10]

Madame la Ministre a précisé des priorités:  « le renforcement des marges heures professeurs favorisera le travail en groupes à effectifs réduits – tout particulièrement en sciences expérimentales, technologie, langues vivantes étrangères et enseignement moral et civique – et les interventions conjointes de plusieurs enseignants »[11].

Dans le tableau ci-dessous, vous trouverez une estimation des besoins portant sur la marge horaire, en limitant les cours en demi-classes pour diminuer les « coûts » en heure de marge. A titre d'exemple nous avons respecté les priorités énoncées, la place de l'informatique dans les programmes de Mathématiques (cf. Programme Maths), et le maintien d'un accompagnement « personnalisé » compte-tenu de l'importance d'effectifs réduits pour le conduire au mieux. En effet, on peut s'étonner que l'AP ne figure pas dans les priorités énoncées par la Ministre pour le travail en effectifs réduits. Entre l'évidence des besoins et les textes, cet exemple propose un maintien de l'AP sur les heures de marge actuelles. Ce qui explique le calcul du « renforcement de marge » par rapport à l'actuel, et l'application des consignes ministérielles à cette seule partie des heures de marge. Il est toutefois peu vraisemblable que les enseignants parviennent à proposer un accompagnement véritablement  « personnalisé » ne coûtant que 1h de marge en 6e et 0h30 en 5e et en 4e.

Tableau 6 - Marge Horaire et estimation des besoins dans le cadre des priorités ministérielles et des nouveaux programmes.

On voit que même dans cet exemple respectant les recommandations presque au plus juste (on peut retirer les TP d'Informatique si l'on estime leur mention infondée), la marge ne permet de couvrir les besoins pour aucun des 4 niveaux.
Une réalisation minimale (et non minimaliste) de la Réforme du collège, et dans des configurations fréquemment acrobatiques, nécessite une enveloppe déjà très supérieure à la marge proposée.
En fait, ce n'est pas une marge cumulée de 11h ou 12h qu'il faudrait pour réaliser cette réforme du collège, mais entre 17h55 (collège de 24 classes) et 19h35 (collège de 8 classes) : de quoi assurer 17h05 de besoins pour les ex. choisis de la 6e à la 3e, et de dégager 5h pour la mise en place d'un (seul) enseignement de complément quelle que soit la taille du collège (pour dégager les heures nécessaires à la mise en place d'un complément, un collège de 8 classes aurait besoin d'une marge de 4h54 par classe et un collège de 24 classes d'une marge de 4h29 par classe). Si dans un collège de 24 classes il serait potentiellement plus simple de mettre en place un groupe d'enseignement complémentaire, il est évident que pour continuer de proposer par exemple un complément LCA à 20% des élèves, il faudrait ouvrir plusieurs groupes, ce qui à 5h de marge pour chacun des groupes, revient évidemment à la situation compliquée d'un petit collège.

Si la souplesse des recommandations ministérielles le permet, pour ne pas dépasser la dotation réelle, il faudra donc faire des choix. Sinon, une grande partie de l'AP devra être assurée en groupes... de la taille d'une classe entière. Le Dossier de presse Collège 2016 présente clairement d'un côté l'AP et de l'autre le travail en petits groupes (p11). Faut-il en déduire qu'effectivement l'AP doit se faire pour l'essentiel à effectif maximum ? y compris pour des sixièmes et des cinquièmes ? Autre possibilité pour économiser des heures de marge : à l'image des choix pratiqués actuellement par une partie des collèges, les TP de Sciences en effectifs réduits pourraient être réservés aux niveaux 6e et 5e. Les ateliers de langues pourraient eux être mis en place uniquement pour la LV2, compte-tenu du maintien des 4h de LV1 en 6e. Mais il faudra en tout état de cause, rester vigilant à maintenir des propositions équilibrées entre les différents niveaux pour répondre au mieux aux besoins de chacun.

Le danger pour les compléments de Langues anciennes et Régionales (et a fortiori pour le Grec) est évident. Est-ce que seuls les gros collèges, qui auront peut-être un plus de souplesse pour globaliser la marge par niveau, pourront maintenir un enseignement de complément ? Les établissements qui proposent actuellement à la fois du Latin et une Langue Régionale vont-ils pouvoir maintenir leurs enseignements ? Les collèges qui proposent aujourd'hui l'option Latin à deux groupes d'élèves pourraient être amenés à n'en proposer plus qu'un seul. La demande n'ayant pas de raison de diminuer, cela ne risque-t-il pas de conduire à une sélection des élèves pouvant suivre une option ? Sélection qui n'existe pas aujourd'hui et contre laquelle la Réforme du collège s'élève...

Une incertitude encore du côté de l'enseignement bilangue :  pour l'instant l'Article 8 du projet d'Arrêté mentionne que, dans le seul cas des collèges d'un secteur où une autre langue que l'anglais est majoritaire en primaire, une dotation spécifique pourrait être accordée (cf. Langues Vivantes). Attention à ce que la possibilité de conserver une 6e bilangue dans tous les secteurs ne soit pas accordée en mettant encore une fois la marge à contribution.

Pour les Collèges hors ZEP, sans financement de l'accompagnement éducatif donc, pour envisager de reprendre l'aide aux devoirs, un club Unesco, un atelier théâtre ou de conversations en anglais, quel autre choix que de puiser une nouvelle fois sur la marge ? Il est probable que les créneaux libérés par l'allègement des horaires ne deviennent rien d'autre que des heures de permanence. N'était-il pas question d'un temps de midi rallongé et éducatif ou citoyen ?

Pour conclure, on voit que si la marge de manœuvre est effectivement augmentée, dans le même temps :
1. la marge va devoir servir à beaucoup de nouveaux usages, sur des volumes horaires conséquents bien au-delà de ses utilisations actuelles (AP en 6e, groupes de sciences, parfois de LV) :
  • l'AP sur les 4 niveaux et avec des horaires augmentés en 6e
  • l'interdisciplinarité dans les EPI, à raison de 3h par semaine
  • l'Enseignement Moral et Civique que la Ministre a indiqué au nombre des priorités
  • l'informatique et la programmation qui font leur entrée dans les programmes de Mathématiques
  • ...
2. contrairement à l'organisation actuelle, la marge va devoir également fournir des heures pour les enseignements de complément (LCA, LCR, Grec).
3. l'AE ne sera plus financé pour 85% des collèges (80% des élèves), donc pour ceux-là, ce sera remettre 9h, puis 10h, après leur en avoir retiré 8.

Illustration des besoins en heures de marge dans un collège de 16 classes

Attention : Les besoins d'effectifs réduits pour l'AP ont été ici volontairement estimés de façon plus réaliste, la proposition élaborée depuis les textes officiels dans le Tableau 5 paraissant largement sous-estimer les besoins. Dans un souci de ne pas trop déséquilibrer la proposition finale : les TP d'Informatique n'ont pas été comptabilisés, et la marge affectée aux EPIs a été légèrement abaissée. Pour toutes les autres matières, les exemples détaillés dans le Tableau 5 ont été conservés.

Pour l'Accompagnement Personnalisé, il parait difficile de se contenter d'une part correspondant à la marge stricte actuelle (Tab.5), cela ne permettant de proposer qu'une seule heure d'AP par semaine en effectifs réduits (demi-classe en 6e, par groupe de 20 en 5e et 4e). Chaque équipe évaluera les besoins de ses élèves, nous avons estimé raisonnable pour notre part de retenir pour l'AP en effectifs réduits (bleu clair) : en 6e 2h par semaine en demi-classe, en 5e 1h par semaine en demi-classe, en 4e 1h par semaine par groupe de 20 et en 3e 1h par quinzaine par groupe de 20 élèves. Cette proposition correspond à 3h45 de marge cumulée de la 6e à la 3e, contre 2h dans le Tab.5. Aussi dans ce second exemple avons-nous abandonné les TP d'Informatique (en espérant malgré tout qu'ils trouvent une place dans les EPI), et diminué un peu la marge affectée à l'interdisciplinarité. Au lieu des 3h de marge cumulée pour les EPI de la 5e à la 3e dans le Tableau 5, nous avons choisi ici de n'affecter que 2h. Ce qui correspond pour les EPIs (bleu foncé) : 1h par quinzaine avec 2 enseignants en 5e, et 1h30 par quinzaine avec 2 enseignants en 4e et 3e. Pour les autres matières, soit SVT, SPC, Techno (besoins globalisés en jaune), Langues (vert) et EMC (gris clair), nous avons conservé les exemples détaillés dans le Tableau 5. Nous avons choisi de mentionner les 3 enseignements de complément pour tenir compte des collèges qui souhaiteront maintenir Latin-Grec et Breton (ou toute autre Langue Régionale), en vous laissant la possibilité de ne tenir compte que d'un seul (ils sont mentionnés en hachuré sur le graphique). Nous espérons dans tous les cas vous avoir donné toutes les informations nécessaires à l'élaboration de votre propre proposition le cas échéant.

Nous avons pris comme exemple un collège de taille moyenne, c'est-à-dire comptant 4 classes de 6e, 4 classes de 5e, 4 classes de 4e et 4 classes de 3e. Les besoins de temps en effectifs réduits et en co-enseignement, définis par classe au départ (et dans le Tab.5) ont été multipliés par le nombre de classes par niveau. Pour la marge horaire par niveau (en noir), elle a été calculée sur la base de 3h par classe (c'est-à-dire telle qu'elle est annoncée à partir de 2017). Les enseignements de complément, eux, sont définis à l'échelle de chaque niveau, ils s'ajoutent donc aux besoins cumulés pour les 4 classes, mais une seule fois. En effet, nous avons retenu qu'à chaque niveau sur les 4 classes un seul groupe d'élèves suivrait chaque enseignement de complément (le cumul n'étant plus autorisé) pour les durées d'enseignement maximales de chacun (à savoir 1h en 5e puis 2h en 4e et 3e).

Marge Horaire et Besoins d'horaires en effectifs réduits ou co-animation de la 6e à la 3e
pour un collège moyen avec 4 classes par niveau.
Les chiffres présentés correspondent aux cours en moindre effectif et aux cours à plusieurs enseignants détaillés dans le texte. A savoir : Sciences, pour tous les niveaux : 1h TP SVT par quinzaine en groupes de 20, 1h TP SPC par quinzaine en groupes de 20 et 1h TP Techno par quinzaine en demi-classe ; Langues : 1h LV1 par semaine en demi-classe (6e), 1h LV1 par quinzaine en groupes de 20 (5e-3e), et 1h LV2 hebdo en demi-classe (5e) ou en groupe de 20 (4e-3e) ; Ens. Moral et Civique, pour tous les niveaux : sur un trimestre 1h hebdo en demi-classe ; Accompagnement Personnalisé : 2h AP hebdo en demi-classe pour les 6e, 1h AP hebdo en demi-classe pour les 5e, 1h hebdo en groupe de 20 pour les 4e, et 1h par quinzaine en groupes de 20 pour les 3e ; EPI : 1h par quinzaine à 2 enseignants pour les 5e, 1h30 par quinzaine à 2 enseignants pour 4e et 3e ; et enfin un groupe par enseignement de complément : 1h pour les 5e, 2h pour les 4e et 3e à la fois pour LCA et LCR, et 2h pour les 3e pour le Grec.

Cliquer pour télécharger une version humoristique de ce graphique, inspirée par les analyses de notre site.

Il est évident que parmi ces besoins qui paraissent tous légitimes, il va falloir néanmoins faire des choix. Les besoins dépassent la marge disponible de 5h sur le niveau 6e, de 6h20 sur le niveau 5e (4h20 sans enseignement de complément), de 7h20 sur le niveau 4e (3h20 sans enseignement de complément) et de 8h20 sur le niveau 3e (2h20 sans enseignement de complément). Chaque équipe fera certainement au mieux pour s'adapter à ses élèves, mais si la marge horaire n'est pas relevée et si les consignes ministérielles ne permettent pas davantage de souplesse, les choses risquent d'être particulièrement compliquées.


↑ Revenir en haut de page

Page mise à jour le 19 mai 2015.

Sources

[1] Arrêté du 14-1-2002 JO du 9-2-2002, indiquant une dotation totale de 28h alors que le total des heures disciplinaires se monte à 27h
[2] marge horaire non affectée à répartir par l'établissement, ARRÊTÉ DU 6-4-2006 JO DU 22-4-2006
[3] Circulaire n° 2008-080 du 5-6-2008 BO n°25 du 19-6-2008
[4] le Télégramme, mars 2015 ; la FCPE, janvier 2015 ; le SE-UNSA, janvier 2015 ; (ex. académie de Toulouse)
[5] Présentation de l'éducation prioritaire, site du Ministère de l'Éducation Nationale
[6] Présentation du projet de lutte contre les inégalités scolaires, site du Gouvernement
[7] Projet d'arrêté : article 7
[8] Dossier Presse Collège
[9] Projet Arrêté Article 7
[10] Projet Décret 332-4 II
[11] Lettre N. Vallaud Belkacem aux enseignants


Vos commentaires sont les bienvenus, merci de respecter notre charte :

Commentaires