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Décodage du décret et de l'arrêté

Chacun d'entre nous a éprouvé combien il est difficile de se faire sa propre opinion sur cette réforme du collège.
Nous subissons tous un déferlement continu d’informations.
Mais ce tourbillon médiatique nous emporte, plus qu’il ne nous apporte de réponses.

Faisons ensemble l'expérience de nous poser quelques instants et de regarder les faits.
Laissez-nous vous donner quelques clefs, et décryptons ensemble cette réforme du collège.

Nous pouvons commencer par examiner les textes du décret et de l'arrêté.
Ils ont été publiés au journal officiel le 20 mai 2015, en plein débat sur la réforme du collège.
Ils mettent en œuvre une partie des orientations de la loi de refondation de l'école.
Ces textes font seulement quelques pages, nous allons assez facilement en dégager ensemble les quelques idées principales.

Le décret commence par nous dire l'objet de cette réforme du collège : C'est de modifier le travail qui est fait au quotidien par les élèves et les professeurs dans les collèges.
Ces changements concernent à la fois le contenu des enseignements dispensés, mais aussi les pédagogies d'enseignement et vont jusqu'à modifier l'organisation des cours[1].
La réforme du collège ouvre donc un triple chantier : les programmes, l’organisation humaine et les méthodes de travail. 

De nouveaux programmes : quels contenus pour les enseignements ?

Le contenu des enseignements visera à acquérir « le socle commun de connaissances, de compétences et de culture »[2] : c’est une ambition revue à la baisse.
La loi actuelle dit qu’il faut acquérir au moins le socle et le dépasser[3].
Ces contenus d'enseignement modifiés font l'objet de l'écriture de nouveaux programmes.
Les programmes changent donc pour toutes les matières et tous les niveaux à la rentrée 2016[4].
Ceci posera certainement des problèmes de continuité aux élèves en cours de scolarité avec les anciens programmes.

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Les options et dispositifs qui disparaissent

Le texte supprime des options telles qu'elles existent aujourd’hui : Classes Euro et Découverte professionnelle.
Les classe Euro permettent à 10% des élèves d'avoir 2h de langue en plus en 4e et en 3e.
La découverte professionnelle est destinée aux élèves de 3e pour préparer leur avenir professionnel à raison de 3h par semaine.

Autre dispositif appelé à évoluer : les SEGPA, qui scolarisent les élèves les plus fragiles, ceux qui présentent des difficultés d'apprentissage graves et durables.
Ces classes leur permettent de suivre des enseignements adaptés en effectifs réduits afin de progresser.
Si elles disparaissent, ces élèves auront une scolarité "inclusive", dans des classes jusqu'à 30 élèves.
Une circulaire à paraître précisera le sort des SEGPA.

Les options qui deviennent des enseignements de complément

Le latin, le grec et les langues régionales sont maintenant appelées des enseignements de complément.
Chaque établissement proposera les enseignements de complément qu’il décidera localement[5] en répartissant au mieux son budget d'heures.
Pour cela il devra utiliser des heures prises dans une enveloppe appelée "marge horaire".

Concrètement il ne sera pas toujours possible de proposer autant d'enseignements de complément qu’aujourd’hui.
D'autant plus que les horaires hebdomadaires des enseignements de complément diminuent (par exemple : 2h de latin par semaine en 4e, contre 3 aujourd'hui).

Cas particulier, les bilangues seront parfois maintenues au nom de la continuité des enseignements[6].
Cependant, les bilangues concernent aujourd'hui 16% des élèves, et seulement 7% des élèves du primaire ont pratiqué une autre langue que l'anglais.
Le ministère propose de re-travailler la carte des langues au primaire pour tenter de remédier à cet état de fait.

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Et les enseignements complémentaires ?

Il ne faudra pas les confondre avec les enseignements de complément.
Les enseignements complémentaires seront proposés sous deux formes : l'accompagnement personnalisé (AP) et les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI)[7].
La réforme du collège a donc pour objectif de modifier les pédagogies utilisées en classe.
Pour cela ces deux modalités d'enseignement sont fortement mises en avant.
Ceci marque une rupture avec la tradition de liberté pédagogique des enseignants.

Les élèves de 6e n'auront que de l'accompagnement personnalisé[8].
Les enseignements pratiques interdisciplinaires commenceront à partir de la classe de 5e.

Les horaires de ces enseignements complémentaires sont prélevés sur les horaires des matières.
Jusque-là il y avait 2h d'accompagnement personnalisé en 6e en plus des horaires de cours "classiques".
Il y aura 3h d'accompagnement personnalisé, mais prises sur les heures d'enseignement.

Pour les élèves de la 5e à la 3e l'accompagnement personnalisé se substitue à l’aide aux devoirs, qui disparaît à la rentrée 2015.
L'aide aux devoirs était proposé en plus des heures de l'emploi du temps, l'accompagnement personnalisé sera fait sur les cours des matières.
Cet accompagnement éducatif était proposé à tous les élèves de collège sur la base de leurs besoins.
Il devient simplement obligatoire et intégré aux horaires disciplinaires .

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L'autonomie des établissements

La répartition des heures par matières et par années sera préparée en conseil pédagogique et votée au conseil d'administration[9].
Les emplois du temps seront donc différents dans chaque collège.
La grille horaire qui répartit les heures devient une organisation annuelle et par cycle.

Une organisation annuelle signifie que chaque établissement devra respecter un total annuel d'heures.
Par exemple, pour un élève inscrit en classe de 6e : 26h*36 semaines = 936h d’enseignement obligatoire à l'année [10].
Un peu plus d'Anglais et un peu moins d'Histoire, un peu plus en septembre, un peu moins en octobre, peu importe.
Il faudra par contre respecter le total de 936h d'enseignement pour l'année de 6e.

Une organisation par cycles signifie que chaque établissement devra respecter un total d'heures pour une matière sur un cycle.
Par exemple, chaque établissement devra respecter un total de 13h de Français sur les 3 années du cycle 4 : 5e - 4e - 3e[11].
Une heure de plus de Français en 5e sera compensée par une heure de moins en 4ème.
Il faudra respecter un total de 13 heures de français sur les 3 années.

Autre conséquence de cette organisation par cycle, les programmes ne seront plus annuels[12].
Il ne faudra plus « terminer le programme » chaque année.
Seul l’enseignant en dernière année de cycle devra s’assurer que le programme est bien couvert dans son ensemble.
Les enseignants auront donc la responsabilité du découpage annuel du programme et de sa mise en place concrète.

Chaque établissement décidera aussi la répartition des heures d'EPI et les thèmes abordés dans ces projets.
Il faudra aussi déterminer sur quels cours seront prélevées les heures des EPI et de l'AP.

Arrivés là, vous avez déjà une assez bonne idée d'ensemble de la réforme du collège.
Vous pouvez poursuivre votre lecture, car certains détails pratiques méritent d'être compris.

En particulier, il est intéressant de consacrer quelques minutes à la question essentielle des emplois du temps.
Vous verrez, vous ne regretterez pas le temps investi.

Page mise à jour le 2 juillet 2015.

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Nous avons déjà vu ensemble quelques-uns des enjeux de cette réforme :

(+) : La possibilité d'adapter l'organisation de chaque établissement à un contexte particulier.
(+) : La possibilité pour un établissement d'optimiser les ressources dont il dispose.
(+) : Une incitation à la mise en place de pratiques pédagogiques qu'une partie des enseignants souhaite expérimenter.
(+) : Un assouplissement des modalités pour faire cours.

(-) : Une ambition revue à la baisse dans les contenus des enseignements.
(-) : Un risque de déséquilibre de la quantité de travail par matière à la fois pour les élèves, mais aussi pour les enseignants.
(-) : Une perte du repère structurant de "l'emploi du temps" figé pour les élèves avec une organisation qui devient annuelle.
(-) : Le risque de quasi-disparition de matières dans certains établissements si les enseignements de complément ne sont pas proposés.
(-) : Un changement de programmes sur tous les niveaux, non testé au préalable. Un gros budget pour renouveler tous les manuels.
(-) : De nouvelles pratiques pédagogiques, comme les EPI, imposées à tous les enseignants et à toutes les matières, allant à l'encontre de leur "liberté de choix pédagogiques", certaines matières s'y prêtant probablement moins que d'autres.
(-) : des risques de discontinuité dans les enseignements, les programmes étant écrits pour un cycle de 3 ans, mais les élèves changeant d’enseignant chaque année.
(-) : De nombreux changements : d'organisation, de contenus et de méthodes, qui auraient mérité d'êtres testés scientifiquement et à plusieurs échelles.


[1] Décret Objet : « modifier les articles en vigueur du code de l’éducation relatifs à la formation dispensée dans les collèges et notamment à l’organisation des enseignements. »

[2] Décret art. 1er : « Le collège dispense à chaque élève, sans distinction, une formation générale qui lui permet d'acquérir, au meilleur niveau de maîtrise possible, le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini en application de l'article L. 122-1-1 et dont l'acquisition a commencé dès le début de la scolarité obligatoire. »

[3] Code de l’éducation art. 332-2 actuel : « Le collège dispense à chaque élève, sans distinction, une formation générale qui doit lui permettre d'acquérir au moins le socle commun de connaissances et compétences, défini en application de l'article L. 122-1-1 et dont l'acquisition a commencé dès le début de l'instruction obligatoire. D'autres enseignements sont dispensés au cours de la scolarité obligatoire et complètent le socle commun dont la maîtrise est indispensable pour la poursuite des études, l'exercice de la citoyenneté et l'insertion professionnelle future. »

[4] La Ministre a été interpellée à ce sujet lors des questions au gouvernement le mardi 12 mai 2015, et elle n'a pas contredit l'idée que les programmes seraient modifiés sur 9 niveaux à la même rentrée.
Projet d’arrêté p.4 article 10 : « L’arrêté du 29 mai 1996 relatif à l’organisation des enseignements dans les classes de sixième de collège, l’arrêté du 26 décembre 1996 relatif à l’organisation des enseignements du cycle central de collège (classes de cinquième et de quatrième), l’arrêté du 2 juillet 2004 relatif à l’organisation des enseignements du cycle d’orientation de collège (classe de troisième), l’arrêté du 14 février 2005 relatif à l’enseignement de l’option facultative de découverte professionnelle (trois heures hebdomadaires) en classe de troisième, ainsi que l’arrêté du 14 février 2005 relatif à l’enseignement du module de découverte professionnelle (six heures hebdomadaires) en classe de troisième sont abrogés.»

[5]
Arrêté article 7 : « Cette dotation horaire attribuée à l'établissement lui permet également, dans le cadre de son projet pédagogique, de proposer, pour les élèves volontaires, un enseignement de complément aux enseignements pratiques interdisciplinaires prévus à l'article 3, qui porte sur un enseignement de langues et cultures de l'Antiquité ou sur un enseignement de langue et culture régionales. Cet enseignement peut être suivi au cours des trois années du cycle 4, dans la limite d'une heure hebdomadaire en classe de cinquième et de deux heures hebdomadaires pour les classes de quatrième et de troisième. »

[6] Les élèves qui ont bénéficié de l'enseignement d'une langue vivante étrangère autre que l'anglais à l'école élémentaire peuvent se voir proposer de poursuivre l'apprentissage de cette langue en même temps que l'enseignement de l'anglais dès la classe de sixième. Le cas échéant, une dotation horaire spécifique peut être attribuée à cette fin.

[7] Arrêté article 3-2 : « Les enseignements complémentaires prennent la forme de temps d’accompagnement personnalisé et d’enseignements pratiques interdisciplinaires»

[8] Arrêté article 4 : « Pour les élèves de sixième, les enseignements complémentaires sont des temps d’accompagnement personnalisé.»

[9] Décret article 2 : « l’organisation des enseignements est fixée par le conseil d’administration, conformément au projet d’établissement et après avis du conseil pédagogique.
L’établissement peut moduler la répartition du volume horaire hebdomadaire par discipline, dans le respect :
- du volume horaire global dû à chaque discipline d’enseignement obligatoire pour la durée du cycle ;
- du volume horaire global annuel des enseignements obligatoires dû à chaque élève. »

[10] Arrêté annexe 1 : « Total 26 heures »

[11] Arrêté annexe 2 : « Français 4.5 heures + 4.5 heures + 4 heures »

[12] Arrêté article 2 : «Le volume horaire et les programmes des enseignements communs d’un cycle sont identiques pour tous les élèves. »

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