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Formation des enseignants à la réforme

Le Ministère a annoncé huit journées de formation pour tous les enseignants.[1] En effet, la mise en place de la réforme nécessite que les personnels soient formés pendant l’année scolaire 2015-2016. Or, si les textes officiels concernant la réforme étaient bien disponibles, les programmes définitifs, eux, ne l'étaient pas encore en ce début d'année scolaire. On a demandé aux enseignants de s'approprier dès le premier trimestre (automne 2015) des programmes qui n'étaient en réalité que des projets de programmes incomplets (programme de LCA absent), et existant alors sous plusieurs versions: la version 1 du 15 avril (64 pages de programmes et 55 pages de documents explicatifs) et la version 2 du 15 octobre (environ 170 pages). Les programmes définitifs ont été publiés tardivement (BO du 26 novembre 2015).

Cette formation a généralement lieu en partie à la place des cours, en partie en dehors des cours (mercredi après-midi, vacances scolaires), selon les académies et selon les établissements. En effet, il n'y a pas d'organisation commune à l'ensemble du territoire français. Celui-ci est découpé en trente académies. Chacune est gérée par un rectorat qui organise les formations. Bien souvent, les établissements au sein d'une même académie ont aussi une marge de manœuvre. La mise en place des formation est donc extrêmement variable d'une académie à l'autre et d'un établissement à l'autre.



Quel est le contenu des journées de formation pour les enseignants ?

Le contenu des formations semble varier d’une académie à l’autre. De manière générale se dégagent toutefois les thèmes suivants:

  • mise en place générale (axes de la réforme)
  • formation aux programmes/au nouveau socle
  • formation au numérique

Les formations annoncées en établissements ne couvrent pas toujours l'ensemble des besoins en formation, tels que:

  • les nouveaux programmes pour tous les niveaux. Le Collège (classes de 6e à 3e) est donc concerné par la fin du cycle 3 (CM1 CM2 6e) et par l'ensemble du cycle 4 (5e 4e 3e)
  • la logique des cycles, en particulier la répartition des points au programme entre école primaire et collège pour le cycle 3, donc la nécessité d'une formation commune pour les enseignants du premier et du deuxième degrés (primaire et collège)
  • le nouveau livret scolaire de la scolarité obligatoire, l'évaluation et le nouveau brevet
  • les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires intégrés pendant les heures de cours ; la pédagogie de projet dans ce cadre nouveau
  • l'Accompagnement Personnalisé à la place des heures de cours

Comment sont organisées les journées de formation ? Explications, avantages, inconvénients.

Ces journées de formations sont organisées par chaque académie. Ainsi, un enseignant nantais ne suivra pas le même type de formation qu’un enseignant marseillais.

Les bouleversements prévus par la réforme sont nombreux et nécessitent une formation pour tous. Pourtant, tous les enseignants ne seront pas directement présents à toutes les formations et certaines se feront à distance.

De manière générale, on peut affirmer que:

  • une partie des formations se fait à distance dans certaines académies (sur le site Magistère), comme annoncé dans une partie de l’académie d’Orléans-Tours.
  • les personnels de direction sont formés dans un premier temps, généralement avant la Toussaint. Les enseignants le seront dans un second temps. Les Conseillers Principaux d’Éducation (CPE) sont parfois formés pendant les mêmes journées que les enseignants. A titre d'exemple, le cadrage général du Plan Académique de Formation (PAF) de l'académie de Créteil est consultable en ligne.[2]
  • les formations pour les enseignants se déroulent souvent (mais pas toujours!) selon un des scénarios types ci-dessous :

Scénario 1

(on le trouve dans certains établissements des académies d’Aix-Marseille et de Créteil) :
  1. Formation d’une poignée d’enseignants par établissement, généralement regroupés dans un établissement du district. Cette formation se fait en présence de personnels référents tels que les formateurs, les Inspecteurs.
    Les enseignants qui s’y rendent sont généralement appelés « enseignants-référents », « enseignants-ressource »  ou « enseignants-relais ». Ce ne sont absolument pas des enseignants formateurs (encadrés, déchargés de cours et payés pour intervenir en stage), mais simplement des enseignants qui seront chargés de retransmettre, quand et comme ils le pourront, les informations récoltées lors de ces formations en comité restreint.
    Ce sont soit des enseignants volontaires, soit des enseignants invités, voire désignés. Le mode d'invitation et de désignation n'est pas harmonisé. Les pratiques divergent fortement sur ce point : cela va du refus du chef d’établissement à désigner des personnels non volontaires au simple tirage au sort, en passant par une invitation, voire une convocation directe du rectorat, parfois sans consultation du chef d'établissement au préalable.
  2. Transmission des informations récoltées par les enseignants-référents soit à l’ensemble de leurs collègues (et éventuellement les collègues des collèges voisins), soit uniquement à des collègues d'établissements dans lesquels ils n'enseignent pas, et que le rectorat leur a affectés en tant qu'enseignants-relais.
  3. Autres journées de formations pour tous (sur le numérique, par exemple) en établissement ou à distance (site internet Magistère)

Ce premier scénario semble être assez répandu, avec des variantes : le recours aux enseignants-référents se fait parfois lors des toutes premières journées de formation, parfois lors des suivantes.

Avantage :
la prise en charge des élèves lors des absences de professeurs est un peu moins lourde à gérer pour les premières journées de formation.
Cela dit, la tâche n'est pas si simple puisque ceux-ci doivent, dans la mesure du possible établir le planning des formations en fonction de leur propre emploi du temps.
Inconvénient :
tous les enseignants n’ont malheureusement pas un accès direct aux premières journées de formation.

Scénario 2

(on le trouve dans certains établissements des académies de Lyon, et de Strasbourg)
  1. Convocation de tous les enseignants pour les premières journées de formation, pas tous en même temps mais par vagues.
  2. Autres journées de formations pour tous en établissement ou à distance (site internet Magistère)

Variante : première formations pour tous en établissement, formations suivantes sur convocation par vagues.

Avantage :
tous les enseignants semblent avoir accès aux mêmes journées de formation.
Inconvénient :
désorganisation très importante de la prise en charge des élèves au collège, en raison des vagues de professeurs absents au même moment, ce qui n'est pas sans conséquence pour la continuité des apprentissages pour les élèves.

Où et quand se déroulent les journées de formation des enseignants ?

Signalons tout d'abord que certaines d'entre elles ne se déroulent pas comme prévu, puisque certains enseignants ont décidé de ne pas s'y rendre (les réactions des enseignants sont détaillées dans le point 5).

Les formations ont lieu en partie en établissement, en partie en réunion de district, parfois beaucoup plus loin dans l’académie. Cela varie d’une académie à l’autre, voire d’un établissement à l’autre.

Ces formations peuvent se tenir :

  • à la place des cours
  • en dehors des cours, notamment le mercredi après-midi
  • pendant les vacances scolaires, notamment à la Toussaint pour les enseignants-relais. A notre connaissance, une journée de formation pendant les vacances scolaires est indemnisée environ 50 euros la journée. Cette idée étant loin de faire l'unanimité, sur l'ensemble des 30 académies, 13 académies n'ont pas eu la possibilité de mettre en place ces deux journées de formation à destination des enseignants-relais. Pour certaines d'entre elles, ces formations ont donc été placées à des dates ultérieures, générant un décalage certain dans le plan de formation.
  • Certains collègues n’ont reçu aucune information avant les vacances de la Toussaint, d’autres ont reçu un planning prévisionnel au mois d’octobre pour les prochaines semaines.



Quelles conséquences ces journées de formations entrainent-elles ?

Côté élèves et équipes éducatives : une suppression/désorganisation/réorganisation des cours est à prévoir, les conséquences sont plus ou moins lourdes selon le scénario retenu, comme nous l'avons résumé plus haut.

Quoi qu'il en soit, les convocations des enseignants sur le temps scolaire désorganisent fortement les emplois du temps des élèves. Par conséquent :

  • Dans certains établissements, les élèves seront simplement libérés plus tôt certains jours.
  • Pour d'autres établissements, certains recteurs d’académie ont demandé de privilégier les formations en dehors du temps scolaire.
  • D’autres recteurs ont demandé aux établissements d’organiser la prise en charge des élèves et aux professeurs de prévoir des activités à laisser aux surveillants pour leurs élèves en leur absence. Il arrive aussi que l'on demande aux professeurs de prendre en charge des classes qu'ils n'ont pas habituellement, que les élèves aient de nombreuses heures de permanence ou qu'ils suivent deux heures de la même discipline par deux enseignants différents.

Côté professeurs, le plan académique de formation des enseignants a été fortement réduit dans certaines académies, comme celle de Nancy-Metz (en Lorraine, aucune formation n’est proposée en dehors de celles sur la réforme).


Comment réagissent les enseignants ?

De nombreux enseignants ne connaissent pas encore le détail de cette réforme complexe, mais uniquement les grandes lignes relayées de façon souvent incomplète par les médias et par certains personnels de direction. Ces enseignants-là ont parfois du mal à être « partie-prenante ».

Les enseignants qui adhèrent à la réforme se portent souvent volontaires pour être enseignants-relais (voir le scénario 1) et/ou s’impliquent activement dans le Conseil Pédagogique.

Les enseignants opposés à la réforme réagissent de diverses manières :

  • certains s’impliquent en Conseil Pédagogique, voire même se portent volontaires pour être enseignants-relais afin de soulever toutes les questions qui leur semblent poser problème
  • d’autres rejoignent le mot d’ordre de l’intersyndicale en refusant en bloc la mise en place de la réforme, en refusant d'être formateur-relais[3] , éventuellement en signant des lettres communes, des pétitions communes, une démission commune du Conseil Pédagogique, etc.
Attention cependant pour ces collègues qui souhaitent refuser les formations, il faut différencier :
  • les convocations sous forme d’ordre de mission nominatif, sur le temps de travail. Refuser de s’y rendre revient à faire grève (donc avec retenue sur salaire)
  • les invitations, les convocations en dehors du temps de service, qui sont contestables d'après certains syndicats.[4]

Sur cette question, nous ne faisons que relayer l'information qui nous est parvenue, mais ne sommes pas spécialistes. Les collègues qui souhaitent se renseigner devront se rapprocher du syndicat de leur choix, apte à répondre aux questions d'ordre juridique. Des informations sont déjà en ligne sur les sites syndicaux. Elles seront certainement harmonisées début novembre.


Problèmes à résoudre

  • La prise en charge des élèves en l'absence des professeurs : elle sera gérée au mieux dans chaque établissement, en respect des consignes académiques.

  • La place des enseignants dans le Conseil Pédagogique :

    D'après le décret du 19 mai 2015, le Conseil Pédagogique joue un rôle central dans la mise en place de la réforme puisqu'il «est consulté sur la préparation de l'organisation des enseignements. En application du 2° de l'article R. 421-2, l'organisation des enseignements est fixée par le Conseil d'Administration, après avis du conseil pédagogique et conformément au projet d'établissement.»[5] Or, la composition officielle du Conseil Pédagogique ne permet pas toujours une participation de tous les enseignants[6]. La composition du Conseil Pédagogique peut être extrêmement variable en fonction des établissements. En effet, les nouveaux textes indiquent que les membres du Conseil Pédagogique sont désignés par le chef d'établissement, ce qui signifie que des enseignants souhaitant y siéger peuvent s'en voir refuser l'accès alors que d'autres, qui ne le souhaitent pas, y seraient convoqués. Dans le même temps, certains chefs d'établissement ont une interprétation plus large de ce texte et demandent à leurs enseignants s'ils souhaitent en faire partie, il s'agit donc là de volontariat. Enfin, il arrive que les chefs d'établissement convient l'ensemble des enseignants de leur établissement à assister au Conseil Pédagogique, qu'ils en soient, ou non, membres. Il en ressort que la formation des enseignants (le Ministère a annoncé que les enseignants membres du Conseil Pédagogique allaient être formés à la réforme avant leurs collègues[1]) et leur implication dans la mise en œuvre de la réforme dépendra en partie des choix faits par le chef d'établissement quant à la composition de ce conseil.

  • La difficulté, voire l'impossibilité, pour certains enseignants à se projeter dans la mise en place de la réforme: 

      Depuis le mois d'octobre, des collègues sont enjoints à faire remonter à leur hiérarchie des idées d'EPI, mais cette tâche est difficile pour les enseignants qui n'ont aucune visibilité pour l'année scolaire 2016-2017. Il s'agit notamment des enseignants dont les heures de service vont être réorganisées en raison de la réforme : service partagé entre plusieurs établissements, voire même diminution des heures à donner dans leur matière et réflexion autour d'une reconversion dans une autre matière.

Le plan de formation étalé sur toute l'année scolaire 2015-2016, s'il est un outil absolument indispensable dans la perspective de la mise en place de la réforme, ne semble pas résoudre efficacement les questions pratiques qui se posent dans les établissements scolaires.

Notes

[1] Site du Ministère, information du 28/06/2015
[2] Diaporama à destination des personnels de direction, mis en ligne par le SNES (cadrage général de la formation des personnels de Créteil pages 3 et 4)
[3] Communiqué intersyndical du 14 octobre 2015, en ligne sur les sites syndicaux concernés
[4] http://www.rouen.snes.edu/spip.php?article1615
[5] Décret relatif à l'organisation des enseignements au collège, 19 mai 2015
[6] Composition du conseil pédagogique, Code de l'Éducation

Page mise à jour le 19 décembre 2015.

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