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Les nouveaux programmes en 5 questions

Cette page à été mise à jour le 1 novembre 2015.  Entre temps, les programmes définitifs (BO du 19 novembre 2015) ont été mis en ligne par le Ministère le 24 novembre 2015.  Vous les trouverez dans la rubrique Textes Officiels.

D'abord il ne faudrait pas, pour l'heure, parler de nouveaux programmes, mais bien de projets, et même d'un projet qui après avoir été soumis à la consultation des enseignants en mai 2015, pour une durée d'un mois, a été retravaillé pendant l'été 2015.

Il s'agit donc ici d'étudier la seconde version du projet de programmes qui a été transmise par le CSP le 18 septembre 2015.

NB : A ce jour le programme concernant l’Enseignement complémentaire de Langues et cultures de l'Antiquité (LCA), qui devait être remis par le CSP au MInistère le 15 octobre 2015, n'a pas encore été remis. Pour en savoir plus sur le programme de LCA : page sur le programme de LCA.

Pour ce rapide aperçu des enjeux portés par ce projet de réforme des programmes d'enseignement, nous vous proposons de répondre (ou tenter de répondre) à 5 questions :

QUESTION 1 - Une question délicate : les nouveaux programmes font-ils partie de la réforme du collège ?

Avant tout, il est important de préciser que ces projets de programmes n'émanent pas du Ministère lui-même mais d'une structure indépendante que le Ministère a nommée : le Conseil Supérieur des Programmes (CSP).

Ce dernier est cependant saisi par le Ministère qui spécifie sa commande. Ainsi, les orientations souhaitées par le ministère pour ces projets de programmes sont contenues dans la deuxième lettre de commande (téléchargeable ici) du ministre au CSP.

Ceci étant posé, la réponse semble à première vue négative : les projets de décret et d'arrêté "collège" ne mentionnent pas la refonte des programmes.

Pourtant le site du Ministère affirme lui-même que "la réforme du collège concerne simultanément les programmes, les pratiques d'enseignement et l’organisation pédagogique" (source).

La raison en est simple : c’est la nouvelle organisation par cycles voulue par la loi de refondation de l'école du 8 juillet 2013 qui rend ces nouveaux programmes nécessaires. En effet, ce texte indique :

"La scolarité est organisée en cycles pour lesquels sont définis des objectifs et des programmes nationaux de formation comportant une progression régulière ainsi que des critères d'évaluation."

La loi prévoit donc bien la mise en place de nouveaux programmes : puisqu'ils doivent être cycliques, les anciens programmes ne peuvent pas perdurer, bien que l'arrêté et le décret n'en parlent pas.

On notera aussi que la progression n’est plus définie comme « annuelle », mais comme « régulière ».
Pour en savoir plus sur la loi de refondation de l'école : page consacrée à la loi de refondation.

Enfin, il est difficilement envisageable que les programmes ne changent pas si la réforme du collège doit s'appliquer dans la mesure où celle-ci prévoit d'introduire des Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) qui modifieraient en profondeur les conditions d'enseignements (horaires, etc). Pour en savoir plus sur les EPI : page consacrée aux EPI.



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QUESTION 2 - Le nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture qui entrera en vigueur à la rentrée 2016 a-t-il un impact sur les nouveaux programmes ?

La modification de la place du socle commun de connaissances, de compétences et de culture, voulue par le Ministère dans le Code de l’éducation, change largement la finalité de l’enseignement au collège.

En effet, à l’heure actuelle, le Code de l'éducation en date du 24 mai 2006, article D. 332-2 indique :

Article D332-2
Le collège dispense à chaque élève, sans distinction, une formation générale qui doit lui permettre d'acquérir au moins le socle commun de connaissances et compétences, défini en application de l'article L. 122-1-1 et dont l'acquisition a commencé dès le début de l'instruction obligatoire.

D'autres enseignements sont dispensés au cours de la scolarité obligatoire et complètent le socle commun dont la maîtrise est indispensable pour la poursuite des études, l'exercice de la citoyenneté et l'insertion professionnelle future.

Le Code actuel a été modifié en date du 14 avril 2015 et le nouveau Code, qui doit entrer en vigueur à la rentrée 2016, précise à présent :

Article 1er
L’article D. 332-2 du code de l’éducation est remplacé par les dispositions suivantes :
« Le collège dispense à chaque élève, sans distinction, une formation générale qui lui permet d'acquérir, au meilleur niveau de maîtrise possible, le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini en application de l'article L. 122-1-1 et dont l'acquisition a commencé dès le début de la scolarité obligatoire. »

On passe donc d’ « acquérir au moins le socle commun » à « acquérir, au meilleur niveau de maîtrise possible, le socle commun », et la mention des enseignements dispensés disparaît.

Le socle, qui était initialement conçu comme un minimum de base qu’on ambitionnerait de dépasser, devient désormais l’objectif final de la scolarité du collège. Le pourcentage de son acquisition sera converti en points au contrôle continu au DNB.

De ce fait, le poids des contenus des enseignements  est changé, ainsi que leur finalité, ce qui impacte nécessairement les nouveaux programmes et l’évaluation.

On peut y voir deux conséquences importantes :

- Au niveau des programmes eux-mêmes, les terminer devient en quelque sorte secondaire : ce qui prime, c’est la diversification pédagogique et l’acquisition des compétences du socle.
Dès lors, on comprend pourquoi les préambules des nouveaux projets de programmes des cycles 2-3-4 précisent ceci (page 4 pour le cycle 2, page 86 pour le cycle 3 et page 208 pour le cycle 4) , qui constitue un changement sans précédent dans l’approche des programmes des disciplines : 

[Les programmes de cycle] appellent à un travail d’élaboration collective des progressions, des sujets d’étude, de l’évaluation, plus attentif aux acquis réels des élèves qu’à leurs seuls résultats chiffrés ou à la réalisation d’un programme annuel pris à la lettre, plus attentif aussi à leur diversité et à leurs progrès qu’au souci de « terminer » coûte que coûte le programme.

Il est donc explicitement prévu par les textes qu’un enseignant des cycles 2, 3 ou 4 puisse ne pas terminer son programme, pourvu que ses élèves aient progressé. C'est la première fois qu'une telle possibilité figure explicitement dans les programmes.

- Au niveau de la partie du contrôle continu du DNB, en fin de cycle 4, ce ne sont plus les moyennes des élèves dans les différentes disciplines qui sont prises en compte, mais le degré d’acquisition des piliers du socle, qui désormais conditionnera les points obtenus en contrôle continu.

Pour prendre connaissance des nouvelles modalité de l'évaluation au brevet, voir la page consacrée au nouveau DNB.


QUESTION 3 - Quand et comment ces projets de programmes sont-ils censés s'appliquer ?

De façon tout à fait inhabituelle, le ministère prévoit l'application de ces nouveaux programmes à la rentrée 2016 en même temps pour tous les niveaux du collège (et du primaire concerné) et pour toutes les disciplines. Un tel choix n'est pas sans poser de sérieuses difficultés.

Depuis toujours, en effet, il est d'usage de changer les programmes année par année pour permettre une cohérence des enseignements dispensés à chaque cohorte d'élèves. Cette "tradition républicaine" en la matière permettait à chaque génération d'élèves de suivre un programme dans sa cohérence (qu'il s'agisse du programme sortant ou du programme entrant...)

En 2016 ce ne serait donc plus le cas. Cette décision soulève de nombreuses difficultés pratiques :  cohérence et/ou redondance des apprentissages pour chaque génération d'élèves,  renouvellement des manuels scolaires, masse d'adaptations pour les équipes pédagogiques, etc.


QUESTION 4 - Quels sont les aspects POSITIFS des nouveaux programmes ?

  • Leur élaboration est plus transparente que celles des programmes de 2008 actuellement en vigueur : les projets de programme sont l’œuvre du Conseil Supérieur des Programmes (CSP), une structure indépendante du Ministère (mais nommée par le Ministère et répondant à une commande ministérielle), la composition du CSP est publique, de même que ses travaux.

  • En théorie du moins, ces programmes doivent faire l'objet d'une consultation des enseignants (mais les modalités posent problème).

  • Le CSP a souhaité tenir compte des observations quant à la lourdeur de certains programmes (Histoire/géographie, notamment, même si cela soulève aussi des problèmes).

  • La définition des programmes est censée s'articuler avec le socle commun (alors que l'ancien socle constituait un sous-programme dont les prescriptions s'ajoutaient à celle du programme).

  • Avec la disparition du Livret Personnel de Compétences (LPC), les enseignants n'auront plus à cocher des cases y compris en dehors de leur champ disciplinaire

  • Un programme d'histoire a priori plus réaliste en terme de contenus enseignés et moins directif qu'auparavant (fin des quotas d'heures spécifiques à chaque chapitre).


QUESTION 5 - Quels sont les aspects NÉGATIFS des nouveaux programmes ?

  • Une construction sous forme de cycle de 3 ans sans repères annuels (sauf en H/G et mathématiques) : risque d'incohérences et d'inégalités accrues entre les établissements

  • Un programme de cycle 3 à cheval sur primaire et collège : risque accru d'incohérences dans les apprentissages en raison du niveau de concertation qu’implique une telle structuration

  • La perte du "jumelage chronologique" actuel français/histoire (qui favorisait l'interdisciplinarité)

  • Une baisse d'exigence des programmes dans de nombreuses disciplines (absence de programme de littérature en 6e!)

  • La déstructuration des programmes de français (pas de cadrage précis dans le programme de littérature ou dans celui de grammaire, absence totale de référence aux genres littéraires et aux mouvements littéraires sur l'ensemble du collège, de multiples redondances comme par exemple le roman d'aventures étudié du CM1 à la 5e...)

  • Manque de clarté des programmes, en raison de leur présentation complexe (3 volets pour un même programme, une présentation mélangeant textes et tableaux, etc) et d'une expression parfois inutilement obscure

  • Une consultation des enseignants qui pose problème : période de fin d'année chargée en examens, questionnaire très figé et à la structure identique pour toutes les disciplines, peu de questions sur les contenus eux-mêmes (le questionnaire s'intéresse surtout à la logique interne du projet, sans que les enseignants soient interrogés sur les choix retenus...)

  • Inquiétudes causées par le projet de réforme du collège (incertitude sur les horaires réels) : dans ces conditions, l'évaluation des programmes par les professionnels est hasardeuse (tout dépend du temps que l'on a pour transmettre ce programme d'enseignement)

  • Difficultés liées à l'application simultanée en 2016 de nouveaux programmes pour tous les niveaux et dans toutes les disciplines...


CONCLUSION : des projets de programmes rejetés par le Conseil Supérieur de l’Éducation

Était-il pour autant nécessaire de réécrire totalement des programmes, pour les changer complètement ? Une adaptation n'était-elle pas possible ?

Voici la réponse que donnait à cette question Alain Boissinot, précédent président du CSP, dans un entretien donné alors qu'il présidait encore cette instance :

Q. "Globalement, doit-on s’attendre à de grands bouleversements ?"
R. "Non, ce ne serait pas raisonnable. Ce n’est pas la logique de la table rase."

Ou encore la réponse assez proche que M. Boissinot donnait au journal Le point, dans l'entretien expliquant sa démission de cette fonction (source) :

"En ce qui concerne les programmes, j'estime qu'il ne faut pas vouloir faire de révolution copernicienne. L'important est d'agir petit à petit et dans la durée."


Comme on le verra, ce n'est pas toujours le choix qu'ont retenu le CSP et son actuel président, M. Michel Lussault, en mettant l'ouvrage sur le métier.
Ces nouveaux programmes ont reçu un accueil pour le moins mitigé : en effet, il est important de savoir qu'en l'état, ce deuxième projet de nouveaux programmes a été rejeté par le Conseil Supérieur de l’Éducation (CSE) du 9 octobre 2015, par 18 voix pour, 21 voix contre (parmi lesquelles la PEEP qui s'était précédemment abstenue), et 12 abstentions (dont celle très remarquée de la FCPE, qui avait toujours jusque-là soutenu les nouveaux programmes et la réforme du collège).
Pour trouver le détail des votes et du déroulement de ce CSE, voir par exemple cet article du journal Libération : La "communauté éducative" recale les nouveaux programmes.
Mais le CSE n'ayant qu'un rôle consultatif, ce rejet n'empêchera pas l'entrée en vigueur de ces nouveaux programmes à la rentrée 2016, si le Ministère souhaite les maintenir en l'état.

Si vous souhaitez entrer dans le détail des nouveautés contenues dans ces projets, nous vous invitons à prendre connaissance de l'analyse détaillée de la structure d'ensemble de ces projets, toutefois nous ne saurions que trop vous conseiller de prendre au préalable le temps de vous familiariser avec "l'auteur de ces projets" : le Conseil Supérieur des Programmes (le CSP), structure très particulière au sein de l’Éducation Nationale.

Vous pouvez aussi entrer directement dans le détail de chaque discipline via la liste déroulante...



Page mise à jour le 1er novembre 2015.