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Nouveau programme d'Histoire Géographie

L'Histoire et la Géographie sont fréquemment sollicitées pour le rôle particulier qu'elles jouent dans la formation du citoyen, aux côtés de l'Enseignement moral et civique notamment. Ce rôle, défini explicitement par les programmes, est régulièrement rappelé et interrogé, particulièrement à l'occasion d'événements qui marquent l'actualité, comme les attentats perpétrés en France ces derniers mois. 

Si la formation des citoyens ne revient pas exclusivement à l'Histoire-Géographie, elle n'est pas non plus la seule mission de ces deux matières.


La FAQ d’Éduscol (page 23) signale que plus de 40% du temps de la grille horaire sont consacrés à trois disciplines : le Français, les Mathématiques et l'Histoire-Géographie.

Elle précise toutefois que le renforcement des fondamentaux ne passe pas par des heures ou des contenus en plus (le quantitatif), mais par les programmes et le travail pédagogique demandé aux enseignants (le qualitatif).
 
Cette page présente le programme d'Histoire-Géographie.
Vous trouverez les informations relatives à l'Enseignement moral et civique sur la page dédiée au programme d'Enseignement moral et civique.

 


1. Les textes

 
Le programme d’Histoire-Géographie a été publié au Bulletin Officiel du 26 novembre 2015. Il est consultable :
  • à partir de la page 175 du document pour le cycle 3 (classe de 6e),
  • à partir de la page 313 du document pour le cycle 4 (classes de 5e, 4e et 3e).

Cette publication officielle a été précédée de deux versions présentées par le Ministère de l'Education nationale :

La mise en application du programme est prévue à la rentrée 2016.
  
Le programme d’Histoire-Géographie-Éducation civique actuellement en vigueur est consultable dans le BO du 28/08/2008 pour les programmes de 6e, 5e et 4e, et dans le BO du 14/11/2013 pour le programme de 3e.
 

2. Les horaires

 
L'arrêté du 19 mai 2015 prévoit de consacrer à l’Histoire-Géographie-Enseignement moral et civique les mêmes horaires qu’à l’Histoire-Géographie-Éducation civique : 3h en 6e, 5e et 4e, 3h30 en 3e.
 
La répartition de ces horaires entre l'Histoire-Géographie d'une part, et l'Enseignement moral et civique (EMC) d'autre part, a été annoncée tardivement, par l'arrêté du 12 juin 2015, publié au Journal Officiel le 21 juin :
  • en 6e, l'Histoire-Géographie se voit attribuer 2h30, l'EMC 0h30 par semaine
  • en 5e et 4e, l'Histoire-Géographie-EMC représente 3h par semaine
  • en 3e, l'Histoire-Géographie-EMC dispose de 3h30 par semaine
Ces dispositions sont les mêmes que dans les textes actuellement en vigueur (0h30 d'EMC en 6e, horaire non défini en 5e, 4e et 3e).
L’Inspection générale d’Histoire-Géographie demande aujourd'hui aux enseignants de « respecter la parité entre Histoire et Géographie et consacrer à l’Éducation civique le temps nécessaire au traitement intégral du programme » (document de travail de l’inspection générale d’Histoire-Géographie, page 4, point 2.1). On peut penser que cette recommandation restera d'actualité au cycle 4.
 
 
Plusieurs changements sont cependant prévus concernant les horaires de ces matières.
 
Dans la réforme du collège, ces heures ne sont pas toutes, contrairement à aujourd'hui, consacrées à un enseignement disciplinaire commun.
En effet, l'AP et les EPI pourraient être organisés sur une partie des horaires d'Histoire-Géographie-Enseignement moral et civique si l'établissement (Conseil Pédagogique, Conseil d'Administration) le décidait. Il s'agirait alors de traiter des points de programme dans une démarche de projet (EPI), ou d'aider les élèves sur un point de contenu ou de méthode (AP). Tous les élèves d'un même niveau ne feraient donc pas nécessairement la même chose en EPI et en AP, mais ils travailleraient tous la même matière.

Par ailleurs, l'arrêté du 19 mai 2015 prévoit de laisser aux établissements une certaine autonomie dans la répartition de ces horaires, à condition de respecter :
  • le nombre d’heures prévu pour chaque discipline à l’intérieur du cycle (soit 9h30 d’Histoire-Géographie-EMC au cycle 4, qui peuvent être réparties en 3h par semaine en 5e, 3h en 4e, 3h30 en 3e, mais aussi 2h en 5e, 3h en 4e, 4h30 en 3e, etc.),
  • le nombre annuel d’heures dû à chaque élève toutes disciplines confondues,
  • et l’obligation d’enseigner chaque discipline lors de chaque année du cycle.
Pour information, actuellement, l'accompagnement personnalisé est actuellement financé en 6e par une dotation spécifique (qui vient en plus des horaires disciplinaires) et l'interdisciplinarité, quand elle est mise en place dans le cadre des IDD en 5e et en 4e, est aussi organisée sur des horaires en plus.  
 

3. Le contenu

Le programme d'Histoire-Géographie prévoit un découpage annuel, contrairement aux programmes des autres disciplines.

3.1. Un programme qui précise les compétences à développer par les élèves

Outre les connaissances, le programme vise à développer les compétences des élèves dans les domaines suivants :
  • se repérer dans le temps : construire des repères historiques
  • se repérer dans l’espace : construire des repères géographiques
  • raisonner, justifier une démarche et les choix effectués
  • s’informer dans le monde du numérique,
  • analyser et comprendre un document,
  • pratiquer différents langages en histoire-géographie,
  • coopérer et mutualiser.
Pour chaque thème, le programme précise, outre les contenus à enseigner, les démarches à mettre en oeuvre (par exemple, mener une étude de cas avant de mettre cette étude en perspective), les outils et supports (par exemple, exploiter des cartes et réaliser des croquis).

La première version du projet de programme détaillait aussi chaque compétence en indiquant notamment des repères de progressivité dans le développement de la compétence, le niveau attendu en fin de cycle...
Ces éléments ne figurent pas dans la seconde version du projet de programme d'histoire-géographie, qui a été rendue publique en septembre 2015, ni dans le programme officiel publié en novembre. Les repères de progressivité sont pourtant détaillés pour les autres matières.

3.2. Le programme d’Histoire

En cycle 3, les élèves apprennent à distinguer l’Histoire et la fiction, à s’interroger sur le passé, à construire des repères historiques communs et non-exhaustifs afin de comprendre le monde actuel.

La FAQ publiée par Éduscol (page 9) précise que l’Histoire a aussi pour finalité le travail de mémoire, consolide les valeurs républicaines et le « vivre ensemble ».

En cycle 4il s’agit de poursuivre le travail effectué en cycle 3 en étudiant des moments forts et des traits marquants, sans prétendre construire un récit continu ; les élèves travaillent sur les sources historiques et les relient à un contexte, ils exposent leurs connaissances à l’oral et à l’écrit. La démarche chronologique est affirmée.

Le découpage chronologique du programme d’Histoire ne connaît pas de bouleversements majeurs :
  • l’Antiquité en 6e (à noter, la réapparition de l’étude de la Préhistoire à ce niveau),
  • du Moyen Âge au XVIIe siècle en 5e,
  • du XVIIe au XIXe siècle en 4e,
  • les XXe et XXIe siècles en 3e.

Le premier projet de programme distinguait des sujets obligatoires et des sujets facultatifs au cycle 4.
Depuis la seconde version (et donc également dans le programme définitif), tous les sujets sont obligatoires.

Le programme demande aux enseignants de travailler selon les démarches et les orientations historiographiques qu'ils jugent pertinentes, et de trouver un équilibre "entre compétences et connaissances, sans excès d'érudition".
Il incite à mener des approches interdisciplinaires, dans le cadre des EPI ou en dehors.

3.3. Le programme de Géographie

Le programme du cycle 3 est centré sur la notion d’ « habiter » (comme dans le programme actuel) : les élèves travaillent, à partir de cas concrets, sur l’organisation des espaces variés (une métropole, les littoraux, le monde) à toutes les échelles et sur les pratiques des humains dans ces espaces. Dans chaque thème, le programme invite à poursuivre la réflexion sur les enjeux liés au développement durable des territoires.

En cycle 4, le programme vise à aider les élèves à comprendre les enjeux du monde actuel. La notion de développement soutenable et la mondialisation sous-tendent là encore tous les thèmes.

Les thématiques étudiées sont assez proches de celles des programmes actuels : question démographique, développement, ressources et risques en 5e, mobilités humaines et mondialisation en 4e, la France et l’Union européenne en 3e.

Les élèves construisent un raisonnement géographique, réalisent des croquis et des schémas. La démarche repose sur l'étude concrète de territoires (études de cas) que l'on met ensuite en perspective. 

Comme dans le programme d’Histoire, tous les sujets sont obligatoires. Devant l'ampleur des sujets traités, les professeurs sont incités à faire des choix afin de rendre l'étude compréhensible aux élèves. 

Le programme encourage aussi les professeurs à engager "de nombreuses activités de type projet."

4. Analyse

4.1. Des contenus sans bouleversement majeur mais qui n’ont pas échappé à la polémique

Les contenus prévus par les projets de programmes ont été plutôt bien accueillis par les enseignants, qui ont exprimé certaines réserves cependant. Le programme propose des sujets qui intéressent les élèves (la Préhistoire, « habiter »…) et sont en phase avec les avancées de la recherche universitaire (renouvellement récent sur la Préhistoire, notamment).

 
4.1.1. Un programme dans la continuité des programmes actuels

Les compétences et les démarches contenues dans les futurs programmes sont déjà présentes dans les programmes actuels. 

Les programmes 2016 sont dans la continuité des programmes actuels, tant pour leur découpage que pour les thèmes étudiés et les compétences travaillées. Les contenus d'enseignement, qui n'apparaissaient pas dans la première version du projet (seuls les titres des thèmes à étudier étaient indiqués), sont développés depuis la seconde version. 

Mais contrairement aux programmes actuels, le futur programme ne liste pas, pour chaque thème, les capacités (qui sont des déclinaisons des grandes compétences) et les repères (chronologiques et géographiques) que les élèves doivent maîtriser à la fin de l'étude du thème. Les capacités sont citées en début de programme, à charge pour les enseignants de les répartir au cours du cycle pour chaque niveau de classe, en prévoyant une progressivité des apprentissages d'une classe à l'autre et à l'intérieur d'une même année scolaire. Cela nécessitera un travail d’équipe finement coordonné, ce qui n’est pas toujours facile quand ces équipes sont nombreuses, peu stables, et ne disposent pas de créneau de concertation commun prévu à l’emploi du temps. Quant aux repères, aucune liste explicite n'apparaît dans le programme.


          4.1.2. Une mise en évidence des croisements entre les matières

 Le programme pointe dans une rubrique "Croisements entre enseignements" les sujets qui se prêtent à une approche interdisciplinaire, éventuellement dans le cadre des EPI et des parcours (Parcours citoyen, Parcours d'Education artistique et culturelle, Parcours Avenir).

Ainsi, le texte propose en 3e un EPI sur l'aménagement du territoire faisant intervenir la géographie (thème "Pourquoi et comment aménager le territoire ?"), la Technologie, les SVT ou les Mathématiques, avec une contribution au Parcours citoyen, selon des modalités à définir localement. Le programme propose d'aborder dans cet EPI les transports, les nouveaux quartiers, les infrastructures économiques ou culturelles...



4.1.3. Aperçu des points de programme qui posent ou ont posé question

Des enseignants regrettent la disparition de sujets qui motivaient les élèves, notamment en 6e la première partie de Géographie sur « Mon espace proche » qui permettait d’accueillir les élèves, en provenance d’écoles différentes, en travaillant sur des lieux familiers. Le programme place ce thème en CM1. 

En 5e, les critiques du premier projet de programme ont porté sur l’inégalité de traitement entre l’étude de l’islam au Moyen Âge (sujet obligatoire) et l’étude de la chrétienté à la même époque (sujet facultatif), ainsi que sur la longueur de la période étudiée (du VIIe au XVIIe siècle). Le second projet a rendu tous les thèmes obligatoires et a précisé que le programme de 5e "permet de présenter aux élèves des sociétés marquées par la religion, au sein desquelles s’imposent de nouvelles manières de penser, de voir et de parcourir le monde et de concevoir l’exercice et l’organisation du pouvoir séculier."

La grille de lecture choisie en géographie, qui est celle du développement durable (comme dans le programme actuel), a aussi été critiquée. Le second projet a été recentré autour du développement, ce qui permet de faire des ouvertures sur le développement durable sans en faire une grille de lecture systématique et moralisatrice (le développement durable est une préoccupation inégalement partagée à travers le monde, donc parfois difficile à appliquer aux sujets étudiés).

En 4e, la période traitée est plus réduite (XVIIe - XIXe siècles) mais très dense et complexe puisqu’elle comprend notamment la Révolution française et la construction de la Troisième République. La Première Guerre mondiale, initialement prévue à la fin du programme de 4e, a été reportée au début du programme de 3e. En Géographie, l’étude de la mondialisation est maintenue ; elle est parfois complexe mais, ancrée dans le quotidien, elle intéresse souvent les élèves.

En 3e, la période étudiée en Histoire est très courte (depuis 1914), mais dense. Le programme de Géographie change peu.

 
4.1.4 Ces programmes font-ils l'impasse sur des sujets essentiels, en les rendant facultatifs ?

Si le premier projet de programme distinguait des thèmes obligatoires et des thèmes facultatifs, le second projet a rendu obligatoires tous les thèmes. Le caractère facultatif de certains thèmes avait alimenté la polémique au printemps 2015 (inégalité des élèves selon les choix opérés par les enseignants, risque de ne pas voir traités des sujets jugés essentiels...).

La première conséquence est l'alourdissement du programme. Ainsi, en histoire en 4e, les 8 sujets devront obligatoirement être traités tandis que le premier projet prévoyait 6 sujets obligatoires et 2 sujets facultatifs.

Une autre conséquence est la disparition de certains sujets, comme "Routes de commerces, échanges culturels" en histoire en 5e, la révolution américaine en histoire en 4e, santé et développement durable en géographie en 5e. Ces sujets pourront cependant être intégrés aux sujets obligatoires par les enseignants qui le souhaitent (la révolution américaine pourrait être traitée lors de l'étude de la contestation de l'absolutisme).

 
4.1.5 Les programmes d'histoire sont-ils chronologiques ou thématiques ?

D'une façon plus générale, l' « abandon de la chronologie » au bénéfice d'un enseignement thématique a été dénoncé après la parution du premier projet de programme.

Le programme est bien chronologique. Pour autant, il ne s'agit pas de construire un récit continu, exhaustif, ce qui est une chose impossible. Le programme est donc construit dans un ordre chronologique, autour de moments forts et de traits marquants des sociétés du passé, qui permettent de mieux comprendre le monde actuel.


De plus, le repérage dans le temps fait toujours partie des compétences à travailler au collège. En effet, la compétence « Se repérer dans le temps et dans l'espace » demande :

  • d' « Identifier des continuités et des ruptures chronologiques pour s'approprier la périodisation de l'histoire et pratiquer de conscients allers-retours au sein de la chronologie » (c'est une composante de cette compétence)

  • d' « Utiliser des documents donnant à voir une représentation du temps (dont les frises chronologiques), à différentes échelles, et le lexique relatif au découpage du temps et suscitant la mise en perspective des faits ».


Le programme est donc bien chronologique, ce que n'est pas toujours le programme actuel. En effet, aujourd'hui, Charlemagne (VIIIe-IXe siècles) est étudié en 6e tandis que les débuts de l'islam (VIIe siècle) sont abordés en 5e. 

Mais, à la différence des programmes actuels, le futur programme ne prévoit pas de liste de repères chronologiques et spatiaux que tous les élèves devraient maîtriser en fin de collège.

Actuellement, ces repères communs sont construits de la 6e à la 3e, et les élèves sont interrogés sur certains d'entre eux (quel que soit le niveau où ils ont été étudiés) lors de l'épreuve du Diplôme National du Brevet.

 

Ce programme est aussi thématique. 

Les thèmes seront simplement traités dans l'ordre chronologique. Les enseignants ont l'habitude de contextualiser les sujets étudiés et de faire apprendre aux élèves les grands repères chronologiques : les différents sujets qui composent les thèmes seront eux aussi organisés dans un ordre chronologique et jalonnés de repères.

                         

 
4.1.6 Ce programme est-il définitif ?

Une consultation sur les projets de programmes s'est déroulée du 11 mai au 12 juin 2015 : les enseignants ont pu faire remonter leurs remarques.

Sans attendre la fin de la consultation, le Ministère a nommé un comité d'historiens chargé de superviser la rédaction finale de ce programme.

Le projet a ensuite été réécrit, avant d'être présenté au Conseil Supérieur de l'Education (CSE) les 8 et 9 octobre 2015. Le CSE, dont le rôle est consultatif, a alors rejeté cette seconde version du projet (le vote portait sur les programmes de toutes les matières des cycles 2, 3 et 4).

Cependant, le Ministère a publié les programmes au Bulletin Officiel du 26 novembre 2015. Il s'agit donc de la version officielle, définitive, dont l'entrée en vigueur est prévue pour septembre 2016.


 

4.2 Des horaires maintenus… mais des incertitudes

Le programme ne prévoit pas de changement de l’horaire d’Histoire-Géographie-Enseignement moral et civique par rapport à ce qui existe aujourd'hui.

En fonction des EPI organisés dans chaque établissement, le nombre d’heures des enseignements communs pourra varier sensiblement d’un collège à l’autre, d’un niveau à l’autre.

A noter également, la difficulté pour l’Histoire-Géographie de participer à l’EPI Langues et cultures de l’Antiquité car l’Antiquité est étudiée en 6e… le seul niveau pour lequel il n’est pas prévu d’EPI. Le programme propose un croisement entre l'Histoire et les Langues anciennes en 5e, autour du thème "Chrétientés et Islam". Il s'agirait de travailler sur des documents latins et grecs du Moyen-Age (des chroniques notamment). Des enseignants de Français, dont la matière contribuerait à cet EPI, signalent que le latin de l'Antiquité (celui qu'ils enseignent actuellement) n'est pas le latin médiéval. De plus, faire étudier à des élèves de 5e des textes médiévaux dans des langues qu'ils n'ont encore jamais étudiées paraît peu réaliste et peu productif. Il faudrait alors se limiter à l'étude de la culture médiévale en travaillant à partir de traductions, ce qui ne semble pas être la vocation d'un EPI intitulé Langues et cultures de l'Antiquité.

 

4.3 Un calendrier de réforme du collège qui pose question

Les programmes seront mis en oeuvre de façon simultanée à tous les niveaux dès 2016, comme l'annoncent le décret du 19 août 2015 ("Compte tenu du report d'un an de la réécriture des programmes et de la mise en oeuvre de la réforme du collège, il est désormais prévu pour la nouvelle organisation des cycles d'enseignement à l'école élémentaire et au collège dans l'enseignement public et privé sous contrat une date d'entrée en vigueur harmonisée au 1er septembre 2016 (à l'exception des trois sections de maternelle, qui constituent un cycle depuis le 1er septembre 2014)") et l'arrêté du 9 novembre 2015 fixant les programmes d'enseignement des cycles 2, 3 et 4 ("Les dispositions du présent arrêté entrent en vigueur à compter de la rentrée scolaire 2016").

Les élèves qui auront commencé l’étude du programme actuel devront donc passer au nouveau programme en cours de cycle, avec le risque de perdre en cohérence.

Une telle mise en place des programmes sera aussi problématique pour la préparation des cours des enseignants, qui devront pour la plupart gérer le changement simultané sur 3 niveaux de classes, voire pour certains sur les 4 niveaux de collège, peut-être sans manuel à jour (bien que l'Histoire-Géographie ait été désignée par le Ministère parmi les matières prioritaires pour le changement de manuel), et tout en se coordonnant avec les enseignants d’autres disciplines pour mettre en place les nouveaux EPI.

 

4.4 Quelques changements entre les projets et le programme définitif

Le programme publié le 26 novembre 2015 ne comporte pas de changements majeurs par rapport aux projets successifs. Quelques modifications ont cependant été apportées, notamment pour corriger des points des projets de programmes qui avaient été critiqués.

On peut notamment remarquer :

  • en introduction des programmes d'Histoire-Géographie du cycle 3 comme du cycle 4 a été ajoutée la phrase "Les enseignants déterminent le volume horaire qu'ils consacrent à chaque thème ou sous-thème en fonction des démarches pédagogiques qu'ils souhaitent mettre en oeuvre."
  • la disparition de thèmes facultatifs : tous les thèmes sont désormais obligatoires
  • en Histoire en 5e, le sous-thème "De la naissance de l'islam à la fin de l'unité califale : pouvoirs, sociétés, cultures" est devenu "De la naissance de l'islam à la prise de Bagdad par les Mongols [(1258)] : pouvoirs, sociétés, cultures." Ce changement élargit légèrement le cadre chronologique, puisque les projets de programme faisaient s'arrêter l'étude à la prise de Constantinople par les Croisés en 1204.
  • en Histoire en 5e, le programme ne demande plus explicitement de faire comprendre aux élèves "comment, dans un contexte de conflits religieux, des monarques peuvent se présenter comme des garants de la paix." Cet aspect pourra toutefois être abordé car le programme impose de présenter "les relations entre pouvoirs politiques et religions" induits par les bouleversements scientifiques, techniques, culturels et religieux.
  • en Histoire en 3e, l'étude des indépendances après 1945 ne requiert plus d'étudier "les problèmes rencontrés par les nouveaux Etats," qui figuraient dans le projet. Ce sujet se trouvait déjà dans le programme actuellement en vigueur, mais il avait été supprimé à l'occasion des allègements de programme à la rentrée 2013.
  • en Géographie en 3e, le programme demande de traiter les débats suscités par l'aménagement du territoire. Ces débats n'étaient pas mentionnés dans le projet.
  • dans les Croisements entre enseignements en 4e, l'esclavage a été ajouté aux côtés des traites négrières.


4.5. La participation de l'Histoire-Géographie à de nombreux enseignements transversaux

L'Histoire-Géographie participe souvent, actuellement, à des enseignements transversaux. Ces enseignements ne figurent pas directement dans les programmes, et ne disposent donc pas d'un horaire dans l'emploi du temps, mais ils sont mis en oeuvre par les différentes matières, en partie ou en totalité sur leur temps disciplinaire. 
La réforme du collège confirme l'engagement de l'Histoire-Géographie dans les enseignements transversaux déjà existants, et lui demande, aux côtés des autres matières, de prendre en charge des enseignements nouvellement définis : les parcours.


4.5.1 La sécurité routière et les Attestations Scolaires de Sécurité Routière (ASSR)

L'association de l'Education civique puis de l'Enseignement moral et civique à l'Histoire-Géographie conduit cette matière à prendre en charge une partie de la préparation des élèves à l'Attestation Scolaire de Sécurité Routière (ASSR). Cet enseignement vise à éduquer les élèves à la sécurité routière (règles du code de la route, comportement à adopter en cas d'accident...) puis à les présenter à un test, qui se déroule dans l'établissement à partir d'une base nationale de questions. L'obtention de l'ASSR 1er niveau (passé en 5e) permet aux élèves de s'inscrire en auto-école pour passer le Brevet de Sécurité Routière (BSR) tandis que l'ASSR 2e niveau (passé en 3e) leur permet de s'inscrire en auto-école afin de préparer les permis A, A1, B et B1.
Le Code de l'Education stipule que "L'enseignement du code de la route est obligatoire et est inclus dans les programmes d'enseignement des premier et second degrés" (article L312-13 du Code de l'Education).

Toutes les matières peuvent contribuer à cet enseignement, qui est en lien avec certains points du programme. 

L'Histoire-Géographie-EMC pourrait y contribuer en cycle 3 à travers l'objet d'enseignement d'EMC "
Le code de la route : 
sensibilisation à la responsabilité 
en lien avec l'attestation de 
première éducation à la route 
(Aper)
" et en cycle 4 en abordant la sécurité. On peut remarquer que le code de la route n'est mentionné qu'en cycle 3, alors que les deux ASSR sont organisées au cycle 4. Le code de la route et la sécurité routière ne figuraient pas dans les anciens programmes d'Education civique du collège. Le nouveau programme d'EMC ne leur réserve pas non plus de place particulière, si ce n'est dans la partie du cycle 3 qui se déroule à l'école primaire (l'Attestation de première éducation à la route, l'Aper, concerne les écoles maternelles et élémentaires). 
La sécurité routière est par contre citée dans les programmes d'EPS au cycle 3 ("
connaissance des gestes de premiers secours, des règles élémentaires de sécurité routière…") 
et de SVT (proposition d'EPI traitant entre autres de la sécurité routière). On peut remarquer, ici aussi, que la seule obligation d'aborder la sécurité routière ne figure qu'en cycle 3, alors que les ASSR concernent le cycle 4. Or on pourrait s'attendre, à la lecture du Code de l'Education (voir ci-dessus
), à ce que la sécurité routière figure clairement dans de nombreux programmes disciplinaires et dans les parcours.

Etrangement, si l'ASSR figure explicitement dans le Socle commun actuellement en vigueur (Compétences sociales et civiques : "
L'
élève doit être capable de respecter les règles de sécurité, notamment routière par l'obtention de l'Attestation scolaire de sécurité routière
"), elle n'est pas citée dans le Socle commun qui entrera en vigueur en septembre 2016. Elle pourra cependant être rattachée au Domaine 3 (Formation de la personne et du citoyen), qui concerne notamment la règle, le droit, la responsabilité.

L'organisation de l'ASSR est très variable selon les établissements. Elle va d'un partage organisé et équitable entre toutes les matières à un enseignement reposant sur une seule matière, et dans ce cas il n'est pas rare qu'il s'agisse de l'Histoire-Géographie-EMC.



4.5.2 Le Parcours d'Education Culturelle et artistique

L'Histoire-Géographie contribue aussi à l'Histoire des arts, qui est intégrée au Parcours d'Education Culturelle et Artistique (PEAC) depuis la rentrée 2015.
Il ne s'agit pas d'une nouveauté : l'Histoire des arts est présente dans les programmes actuels d'Histoire-Géographie.
La réforme du collège confirme le lien entre l'Histoire-Géographie et l'Histoire des arts.

L'Histoire des arts est tout d'abord définie par un programme, qui figure pour le cycle 3 à partir de la page 153 du document 
contenant les nouveaux programmes 
et pour le cycle 4 à partir de la page 289. 
Le programme du cycle 4 indique que l'Histoire des arts est enseignée dans le cadre des enseignements artistiques (Arts plastiques et Education musicale), de l'Histoire-Géographie, du Français et des Langues vivantes. Les disciplines scientifiques, la Technologie, l'EPS et le professeur documentaliste sont aussi sollicités. L'enseignement d'Histoire des arts est donc conçu comme un enseignement pleinement interdisciplinaire. Il ne dispose d'ailleurs d'aucune heure dédiée : il est mis en oeuvre sur les horaires des disciplines qui y contribuent.

L'Histoire-Géographie est directement concernée par plusieurs objectifs définis par le programme d'Histoire des arts :
  • "connaitre une sélection d’œuvres emblématiques du patrimoine mondial, de l’Antiquité à nos jours, comprendre leur genèse, leurs codes, leur réception, et pourquoi elles continuent à nous parler"
  • "posséder des repères culturels liés à l’histoire et à la géographie des civilisations, qui permettent une conscience des ruptures, des continuités et des circulations"
Les thématiques et objets d'étude possibles mobilisent eux aussi l'Histoire-Géographie. Les thématiques sont placées dans un ordre chronologique. On trouve par exemple "1. Arts et société à l’époque antique et au haut Moyen Âge" et "5. L’art au temps des Lumières et des révolutions (1750-1850)".

Parmi les 7 propositions d'EPI du programme d'Histoire des arts, 6 impliquent l'Histoire ou la Géographie.


Ensuite, l'Histoire des arts figure aussi dans le programme d'Histoire-Géographie, dont l'introduction signale que "Les équipes de professeurs d’histoire et de géographie puisent également dans les thématiques d’histoire des arts pour nourrir leur enseignement ; la connexion est réalisable à partir de toutes les entrées du programme d’histoire, mais aussi à partir de celles de géographie. Ce travail contribue à rendre les élèves sensibles au statut particulier de l’oeuvre d’art."
Les propositions d'EPI de ce programme citent aussi l'Histoire des arts.



4.5.3 L'Education aux Médias et à l'Information (EMI)

L'Education aux médias et à l'Information (EMI) est un autre enseignement mis en oeuvre à partir de la rentrée 2015. Le programme de l'EMI est défini à partir de la page 386 du programme. Comme l'Histoire des arts, il ne dispose pas d'horaire dédié.

Cet enseignement figure dans le Socle commun, dont l'entrée en vigueur est prévue en septembre 2016. Il est également inscrit dans les programmes disciplinaires de Français, d'Histoire-Géographie, d'EMC, de SVT, de Technologie, de Mathématiques, ainsi que dans le programme transversal d'Histoire des arts.
L'introduction au programme d'Histoire-Géographie précise que "De nombreuses entrées thématiques et méthodologiques d’histoire et géographie permettent également de contribuer à l’éducation aux médias et à l’information."



4.5.4 Le Parcours citoyen

L'Histoire-Géographie-EMC participe au Parcours citoyen par la mise en oeuvre du programme d'EMC et par celle du programme d'Histoire-Géographie. L'introduction de ce dernier pour le cycle 4 indique en effet qu'"Une attention particulière est portée aux liens à construire avec l’enseignement moral et civique, auquel l’enseignement de l’histoire et de la géographie au cycle 4 est étroitement lié, dans la perspective de la maitrise par les élèves en fin de cycle des objectifs fixés par le domaine 3 du socle commun, « La formation de la personne et du citoyen ». En Histoire, les professeurs "mettent l’accent sur les principales caractéristiques et les temps forts des sociétés du passé, les transitions entre les époques et les questions utiles à la formation des citoyens.L'exercice de la citoyenneté devra par exemple être abordé à l'occasion de l'étude de la Ve République en 3e.
Plusieurs EPI figurant dans le programme d'Histoire-Géographie concernent la citoyenneté.



L'Histoire-Géographie-EMC se voit donc confier de nombreux enseignements qui ne relèvent pas du programme d'Histoire-Géographie, ni de celui d'EMC. Ces enseignements sont tantôt en lien direct avec les programmes, tantôt en plus des programmes. Ils complexifient la mise en oeuvre des programme d'Histoire-Géographie et d'EMC, et nécessitent que l'enseignant consacre un temps non négligeable de l'horaire d'Histoire-Géographie-EMC, déjà partagé entre trois matières, à des enseignements non disciplinaires. Nous pouvons donc légitimement nous interroger sur la faisabilité d'un tel programme.




Page mise à jour le 19 décembre 2015.