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Nouveaux programmes de Langues et Cultures de l'Antiquité

Remarque liminaire : Le programme actuel

Dans le journal de 19h de France Musique, le 14 mai 2015, la Ministre de l’Éducation Nationale a déclaré en parlant du Latin et du Grec :

« Comme ça n'était qu'une option, il n'y avait pas de programme au même titre que les autres disciplines du tronc commun» ( source : son disponible à ce lien : http://www.avenirlatingrec.fr/images/20150514_nvb_france_musique.mp3)

Nous ignorons ce qu'elle entendait par "au même titre".

En pratique, le Latin et le Grec disposent actuellement d'un programme officiel national, comme toutes les matières enseignées dans les collèges de France. Leur statut d'option ne les en dispense pas.

Le programme de Langues et Cultures de l’Antiquité au collège en vigueur actuellement est consultable ici : http://cache.media.education.gouv.fr/file/31/56/2/Langue-culture-antiquite-college_101562.pdf
Il s’agit d’un document de 26 pages, dont le préambule pose dès le départ l’interdisciplinarité inhérente aux Langues Anciennes et la richesse de leur enseignement :

« Les cours de langues anciennes permettent à l'élève de découvrir directement et personnellement la richesse et la fécondité de textes fondateurs qui ont nourri et ne cessent de nourrir la pensée, la création artistique, la vie politique et sociale. L’élève peut ainsi acquérir les repères indispensables pour mettre en perspective les représentations du monde qui lui sont proposées quotidiennement dans notre société de la communication. Ces allers et retours à travers l'histoire entre les mondes grec et romain et les mondes contemporains exercent l'esprit critique, favorisent la perception des permanences et des évolutions. Ainsi l'enseignement des langues anciennes rayonne-t-il vers les autres disciplines, scientifiques, historiques, linguistiques, artistiques.

La lecture, pratiquée selon des modalités souples et diverses, ainsi que l'analyse et l'interprétation des textes authentiques, sont au cœur de l'apprentissage des langues de l'Antiquité. Grâce à la lecture des textes, l'élève apprend une langue et il découvre qu'elle est de façon privilégiée et multiple à l'origine de la nôtre ; cet apprentissage favorise et renforce aussi notablement la connaissance des langues étrangères, ainsi que la conscience d'une appartenance européenne. »


Les projets de nouveaux programmes :

Les LCA dans la première version des nouveaux programmes (avril 2015) :

Aucun programme pour les Langues et Cultures de l’Antiquité n'avait été prévu dans la première version du projet de nouveaux programmes rendue public le 9 avril dernier.

Il fallait alors parcourir très attentivement le premier projet de nouveau programme de Français pour trouver deux courtes mentions aux Langues Anciennes :

  • dans la section « Construire des compétences langagières » où l’on pouvait lire p 15 :

    « Étymologie et emprunt aux langues : bases latines et grecques, dérivation et composition à partir d’éléments latins ou grecs »

  • dans les Croisements disciplinaires, où l’on pouvait lire  p 16 :

    « Appui de l’étude de la langue sur les langues anciennes, particulièrement le latin : étude du lexique (étymologie, composition), fonctions syntaxiques ; comparaison du français et du latin. » 

Source : https://sites.google.com/site/lareformeducollege2016dev/textes-officiels/projet-de-programmes

Cette absence de programmes avait généré une vive inquiétude : plus d’horaire dédié, plus de contenus définis, voilà qui pouvait sembler de fort mauvais augure pour la pérennité des enseignements de langues anciennes dans la réforme du collège.

La ministre a donc saisi le 13 mai 2015 M. Michel Lussault, Président du Conseil supérieur des programmes (CSP), qui a supervisé la réalisation des projets de nouveaux programmes rendus publics le 9 avril dernier, pour qu'il « engag[e] une réflexion sur les évolutions de ces projets afin qu’ils prennent suffisamment en compte les langues et cultures de l’Antiquité. ».

Cette réflexion devait déboucher sur une proposition de programme pour le 15 octobre 2015.
Source : www.reformeducollege.fr/textes-officiels/20150513-NajatVB-Saisine-CSP-Latin-Grec.pdf

Mais à ce jour, cette proposition de programme n'a toujours pas été remise au Ministère par le Conseil supérieur des programmes, et aucune nouvelle date n'a été annoncée. Ni le Ministère ni le CSP n'ont, du reste, communiqué officiellement sur ce retard.

Seul M. Lussault, le président du CSP, interpelé sur son compte Twitter le 15 octobre au soir, a indiqué que ce travail avait en effet pris du retard. Interpelé à nouveau par le même média le 26 octobre, il a cette fois promis ces programmes "avant les vacances de Noël".


Les LCA dans la deuxième version des nouveaux programmes (septembre 2015)

A cette heure, la commande de Mme Vallaud-Belkacem n'a donc été traitée qu'en partie par le CSP.

On peut cependant déjà voir qu'elle a abouti à quelque chose de totalement différent des programmes actuels, du fait de l’organisation particulière des enseignements du Latin et de Grec dans le projet de réforme du collège, et de la nouvelle logique, curriculaire et de cycle, liée à la refondation du collège.
Pour en savoir plus sur la place du Latin et du Grec dans le projet de réforme du collège : http://www.reformeducollege.fr/cours-et-options/latin-et-grec

En effet, à un programme conçu comme une entité pluridisciplinaire complète et cohérente vont succéder des programmes divisés en trois entités distinctes :

I. Première entité : des éléments de Latin et Grec dans les programmes d'autres disciplines que les LCA

Dans sa saisine du CSP, la Ministre demande que des modifications soient apportées aux programmes disciplinaires :

" Les volets disciplinaires des projets de programmes du cycle 4, en particulier celui de français, devront comporter des articulations plus lisibles avec les langues et cultures de l'Antiquité."

Des mentions aux LCA doivent donc être faites dans divers programmes d’autres disciplines, en particulier celui du Français, qui a donc de ce fait été modifié par le CSP pendant l'été 2015.

En pratique, cette modification s'est limitée au volet disciplinaire du programme de Français : aucune autre matière n'a été modifiée dans ce sens.

Pour consulter les nouveaux projets de programmes remis par les CSP en septembre 2015 : Nouveaux programmes des cyles 2-3-4

Une partie du programme de LCA figure donc dans le volet disciplinaire du programme de Français du cycle 4 : elle a été remise par le CSP lors de la publication de la version revue des programmes.

 On trouve cette mention dans la rubrique "Maîtriser la structure, les sens et l'orthographe des mots", page 235 :
"Observations morphologiques : dérivation et composition, étymologie et néologie, graphie des mots, notamment à partir d'éléments latins et grecs ou empruntés aux langues étrangères"
Cette mention est accompagnée de l'exemple de situation ou d'activité suivant :
"Constitution de familles de mots à partir de racines latines courantes ; quelques exemples d’étymons grecs appartenant au vocabulaire savant et scientifique, en lien avec les différentes disciplines"
Il s'agit donc essentiellement d’épistémologie et d’étymologie, et pas d'un véritable enseignement des Langues et cultures de l'Antiquité.
Il est d'ailleurs à noter que cette partie du programme n'est pas nouvelle et ne constitue en rien une généralisation du Latin qui aurait été inexistante jusque-là, pour deux raisons :
- tout d'abord car un travail sur l'orthographe, le sens et la construction des mots à travers les racines latines et grecques existe déjà dans les programmes actuels de Français, dans la rubrique "L'étude de la langue - Orthographe" page 7 :
"Orthographe lexicale
- les principales prépositions ;
- les préfixes et suffixes usuels d’origine latine ; 
- les préfixes usuels d’origine grecque. "
- ensuite car les principes de dérivation et de composition des mots à partir des racines latines et grecques figurent avant le cycle 4, dès le cycle 3.
On peut ainsi lire dans le nouveau projet de programmes pour le cycle 3, page 114 :
"Découverte des bases latines et grecques, dérivation et composition à partir d’éléments latins ou grecs, repérage des mots appartenant au vocabulaire savant, construction de séries lexicales."
Cet ajout dans le programme du cycle 4 n'est donc en rien une nouveauté qui proposerait enfin le Latin et le Grec pour tous : les programmes actuels amènent déjà les enseignants de Français à faire ces rapprochements étymologiques et linguistiques.

Au final, la partie LCA mentionnée dans le programme du Français reste extrêmement modeste malgré la réécriture des programmes : un peu d'étymologie et d'épistémologie, rien de plus.
Qu'en sera-t-il donc dans l'EPI-LCA ?

II. Deuxième entité : les LCA dans les rubriques "Croisements entre enseignements" pour mettre en place les EPI.

Un autre programme se trouve en effet mentionné « dans le cadre des nouveaux enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) ». Au sujet de l’EPI-Langues et Cultures de l’Antiquité, la ministre a demandé au CSP de « travaill[er] spécifiquement sur ce thème, en mettant notamment en dialogue l’ensemble des points d’appui dont doivent disposer les enseignants pour dispenser leur enseignement ». Ces points d'appui doivent donc guider la mise en œuvre des EPI en  permettant aux disciplines de s'associer pour traiter leurs programmes respectifs.

Et en effet, dans le nouveau projet de programme, différentes disciplines sont désormais nommément citées pour mettre en place l'EPI-LCA : le Français et l'Histoire-Géographie, ce qui semble à première vue logique, mais aussi de très nombreuses autres matières, qu'on attendait peut-être moins, comme les langues vivantes, les mathématiques ou l'EPS.
Il sera donc intéressant de voir comment ces différentes disciplines pourront contribuer à l'EPI-LCA tout en traitant leur propre programme, comme le demande le fonctionnement des EPI.

Précision importante : ces "croisements entre enseignements" ne font pas, à proprement parler, partie du programme disciplinaire fixé à chaque discipline. Il s'agit plutôt de pistes, de propositions, qui n'ont aucun caractère obligatoire.
Toutes les disciplines citées ci-dessous, y compris le Français ou l'Histoire-Géographie-EMC, n'ont donc aucune obligation à mettre en œuvre ces croisements, ni l'EPI-LCA.

Pour en savoir plus sur le fonctionnement des EPI : Enseignements Pratiques Interdisciplinaires

A. EPI-LCA et Français

On l'a vu, les LCA dans le programme de Français sont réduites à très peu d'éléments : étymologie, épistémologie essentiellement.

A la page 245 du document, quatre EPI-LCA sont proposés, que le Français prendra en charge « en lien avec les langues anciennes, l’histoire et l’histoire des arts  :

- 5ème : Recherches sur l’utilisation du latin au Moyen Âge. Les évolutions de la langue française.
- 5ème, 4ème : Décryptage de textes latins du Moyen Âge au XVIIIe siècle (religion, sciences et philosophie).
- 5ème, 4ème : Chasse aux expressions latines ou grecques encore utilisées aujourd’hui ; fabrication d’un glossaire illustré.
- 3ème : Travail autour des mythes, et leur rôle dans la littérature du XVIe au XXIe siècle (réécritures des tragédies grecques, poésie lyrique, romans).
»

Surprise de taille : le latin de César et Cicéron n'a pas sa place ici. On lui préfère le latin médiéval, auquel il conviendra donc d'initier les élèves pour qu'ils puissent décrypter des "textes latins du Moyen Âge au XVIIIe siècle", sans connaître pour cela le latin classique. On peut se demander dans quelle mesure un tel travail peut véritablement être mené avec profit pour les élèves ; de quelles langues et cultures de l'Antiquité peut-il encore s'agir ?

Parallèlement, le programme propose des EPI sans langue, uniquement basés sur l'étymologie et un vernis culturel.
Si la "chasse aux expressions latines ou grecques" peut être intéressante, on peut se demander si pour autant il est souhaitable d'y consacrer une heure du cours de Français pendant un trimestre quand on sait que la maîtrise du Français est loin d'être acquise par tous les élèves arrivant au collège.

L'EPI sur les mythes semble cadrer davantage au programme de Français de 3e. Mais on constatera qu'en fait de LCA, les langues ont encore une fois disparu, et qu'on va sans doute davantage étudier un héritage qu'une culture à part entière.
 
B. EPI-LCA et Histoire-Géographie

Les langues et cultures de l'Antiquité ne sont pas mentionnées dans les programmes d'Histoire-Géographie du cycle 4 : ceux-ci commencent au VIIIe siècle de notre ère et ne traitent pas de l'Antiquité, abordée en classe de 6e.

Une autre partie du programme de LCA se trouve pourtant à la fin de ces programmes d'Histoire-Géographie du cycle 4, dans la section "Croisements entre enseignements" pour l'Histoire  :

« Langues et cultures de l’Antiquité
Importance des documents latins et grecs du Moyen Âge : étude de chroniques. Comprendre en quoi le latin et le grec sont liés à l’identité européenne.
thème 1 de la classe de 5ème, « Chrétientés et Islam (VIe-XIIIe siècle), des mondes en contact : Byzance et l’Europe carolingienne »
en lien avec les langues anciennes ; contribution au parcours d’éducation artistique et culturelle »


On retrouve à nouveau l'étude de « documents latins et grecs du Moyen Âge » : le latin dans l'enseignement scolaire français doit-il devenir avant tout une langue médiévale ? Étrange destin.

Du reste, ce souci a été pointé du doigt par plusieurs personnalités, enseignants ou historiens, et a fait l'objet d'un article dans le Figaro en date du 29 octobre 2015 qui expose en conclusion les causes de ce choix étonnant : Grogne contre l'étude au collège du latin médiéval

« LES NOUVEAUX programmes de latin au collège figurant parmi les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) proposent des thématiques « langues et cultures de l'Antiquité » qui laissent perplexes les professeurs. Si, en troisième, le ministère promeut un classique travail autour des mythes et leur rôle dans la littérature, il s'agira en cinquième d'effectuer des « recherches sur l'utilisation du latin au Moyen Âge » ou en quatrième de « décrypter des textes latins du Moyen Âge au XVIIIe siècle (religion, sciences et philosophie) ».
[...]
Si les EPI promeuvent le latin du Moyen Âge, c'est en réalité pour des raisons pratiques : les enseignements interdisciplinaires doivent coller au programme d'histoire du collège. Or l'Antiquité n'est pas au programme, contrairement au Moyen Âge ! Bref, un vrai casse-tête en perspective pour les professeurs. »



C. Mentions des "Langues et cultures de l'Antiquité" dans d'autres "Croisements entre enseignements".

Dans cette seconde version, le CSP a donc eu à cœur de faire apparaître des pistes de croisements disciplinaires qui puissent permettre de mettre en place les EPI.
D'autres matières voient donc surgir la mention "Langues et cultures de l'Antiquité" (ou bizarrement par endroit "Langues anciennes") dans leur rubrique "Croisements entre les disciplines".

En voici la liste exhaustive à ce jour :
  • Pour les "Langues vivantes (étrangères ou régionales)"
Dans les "Croisements entre enseignements" concernant les "Langues vivantes (étrangères ou régionales)" il est fait mention page 260 de deux croisements possibles :
"Langues et cultures de l’Antiquité et Langues et cultures étrangères ou régionales
- En lien avec les langues et cultures de l’Antiquité, le français, une autre langue vivante étrangère ou régionale
Les langues, quelques différences et convergences, comparer les systèmes linguistiques dont le français et les langues anciennes, réfléchir sur la production du vocabulaire et le sens des mots, aborder l’histoire des langues. Construire des stratégies d’apprentissage communes aux diverses langues étudiées.
- En lien avec les langues et culture de l’Antiquité, le français, l’histoire et la géographie, l’histoire des arts.
Mythes, croyances, héros.... Explorer les récits, les œuvres artistiques, le patrimoine archéologique.
S’appuyer sur les thématiques culturelles communes aux langues pour aider à comprendre le monde."


Si le second croisement proposé relève à nouveau de la "Culture de l'Antiquité" sans langue, le premier croisement, lui semble proposer une comparaison entre les langues.

Mais une question se pose alors : comment les élèves pourront-ils comparer ce qui ne leur aura pas été enseigné ? Car dans les programmes des enseignements communs à tous les élèves, ne figurent pas de cours de langue latine, ni même d'initiation à la langue latine à destination de tous les élèves.
Cette volonté de comparaison entre systèmes linguistiques des langues anciennes et des langues actuelles ne risque-t-elle pas, partant, de rester à l'état de bonne intention ?

    • Pour les Enseignements artistiques
Dans les "Croisements entre enseignements" concernant les Enseignements artistiques, on trouve ces propositions page 269 pour intégrer les Langues et cultures de l'Antiquité à de nombreuses autres matières concernées par le
au "parcours avenir"

"- Architecture, art, technique et société : l’évolution de la création architecturale ; l’architecture comme symbole du pouvoir ; architectures et progrès techniques ; les grandes constructions du passé et d’aujourd’hui...
- La présence matérielle de l’œuvre dans l’espace
- La ville en mutation, construire, entendre, observer, représenter... : villes nouvelles ; éco-quartiers ;
hétérogénéité architecturale..."


On remarque que ces thèmes sont très larges, uniquement artistiques et culturels, et que l'utilisation des cultures antiques n'y sera de ce fait pas du tout centrale, mais plus vraisemblablement accessoire et anecdotique.

Un autre thème est cependant proposé plus loin, page 280, dans les thèmes possibles d'EPI, qui met véritablement cette fois l'accent sur l'Antiquité :
"Thématiques, objets d’étude possibles
1. Arts et société à l’époque antique et au haut Moyen Âge
- De la ville antique à la ville médiévale.
- Formes et décor de l’architecture antique.
- Les mythes fondateurs et leur illustration.
- La représentation de la personne humaine."


Il sera en effet possible, à défaut de langue, de pouvoir ici aborder pour eux-mêmes des domaines importants des cultures de l'Antiquité grecque et romaine.

Mais une autre question se pose alors : qui sera en charge de cet enseignement ? Le professeur de Langues et Cultures de l'Antiquité, ou le professeur d'Arts Plastiques ? Rappelons que l'horaire hebdomadaire d'Arts plastiques est d'une heure seulement. Si le professeur de LCA intervient pour apporter son expertise à cet EPI, quand le professeur d'Arts plastiques voit-il encore la classe ?

    • Pour l’Éducation physique et sportive
Dans les "Croisements entre enseignements" concernant l’Éducation physique et sportive, un thème est proposé page 291 :
"Langues et cultures de l’Antiquité
Sport et Antiquité : L’Olympisme – Des jeux olympiques aux pratiques d’aujourd’hui
En lien avec les langues de l’antiquité, l’histoire"


Il est pour le moins surprenant que ce rapprochement soit conseillé avec "les langues de l'antiquité", alors que la dimension linguistique, comme presque toujours, est totalement absente ici.
Il s'agira donc d'une approche diachronique dans laquelle la culture grecque antique représente avant tout point de départ, un élément de comparaison, de mise en perspective.

    • Pour la Physique-Chimie
Dans les "Croisements entre enseignements" concernant la Physique-Chimie, des thèmes sont proposés page 325 :
"Langues et cultures de l’Antiquité
- En lien avec les langues de l’antiquité, l’histoire, les mathématiques, la technologie „
Histoire des représentations de l’Univers : les savants de l’école d’Alexandrie (Ératosthène et la mesure de la circonférence de la Terre, Hipparque et la théorie des mouvements de la Lune et du Soleil, Ptolémée et le géocentrisme, Aristote et la rotondité de la Terre...), Les instruments de mesure (astrolabe, sphère armillaire, ...)
- En lien avec les langues de l’Antiquité, l’histoire, les mathématiques, la technologie
Sciences et Antiquité : héritage de la Grèce antique dans la construction de la science."


L'apport est ici uniquement culturel, il ne s'agit donc pas vraiment de Latin et de Grec, mais d'un peu d'épistémologie et d'histoire des sciences.
En outre, pour intéressant que cela soit, on peut se demander si ces questions constituent vraiment une partie si conséquente du programme de Physique-Chimie du cycle 4 qu'il soit pertinent pour le professeur d'y consacrer une heure pendant un trimestre.
    • Pour les Mathématiques
Dans les "Croisements entre enseignements" concernant les mathématiques, un thème est proposé page 370 :
"Langues et cultures de l’Antiquité
En lien avec les langues anciennes, l’histoire, les sciences
Questions de sciences dans l’Antiquité.
Mesure de la circonférence de la Terre par Ératosthène. Racines carrées. Thalès, Pythagore. Fractions égyptiennes. Différents systèmes et formes de numération"


L'apport des Langues et Cultures de l'Antiquité ici est à nouveau uniquement culturel, et plus général que les cultures latines et grecques, avec l'ouverture vers les "fractions égyptiennes" par exemple. Il ne s'agit donc pas vraiment de Latin et de Grec, mais d'un peu d'épistémologie  et d'histoire des mathématiques.
En outre, encore une fois, pour intéressant que cela soit, on peut se demander si cette question constitue vraiment une partie si conséquente du programme de mathématiques du cycle 4 qu'il soit pertinent pour le professeur de mathématiques d'y consacrer une heure pendant un trimestre.


Au final, la partie du programme de LCA dévolue aux EPI ne laisse aucune place aux langues de l'Antiquité, et bien peu à leurs cultures, qui n'y sont qu'à de rares exceptions étudiées en tant que telles, mais plutôt appréhendées pour une mise en perspective avec des périodes historiques et culturelles ultérieures.
Pas de langue, donc et peu de vraies cultures de l'Antiquité grecque et romaine.

Plus inquiétant, on peut se demander si c'est au final à un enseignant de Langues et Cultures de l'Antiquité que va revenir concrètement l'enseignement dans ces heures.
Rappelons en effet que les heures dévolues aux EPI sont celles des matières concernées et non des heures en plus de cet horaire disciplinaire.

Or, comme les Langues et Cultures de l'Antiquité n'ont plus d'horaire propre dans cette réforme, ne va-t-on pas plutôt voir l'enseignant de Mathématiques, d'Arts plastiques ou de Physique-Chimie prendre en charge lui-même, puisque ce sera sur son horaire disciplinaire, cet apport culturel, sans faire appel (ou, au mieux, que très ponctuellement) à l'expertise du professeur spécialisé en Langues et Cultures de l'Antiquité ?
Et ceci d'autant plus naturellement que cet apport est souvent assez réduit au regard du thème abordé dans l'EPI et du programme que la discipline a par ailleurs à traiter...
Ne risque-t-on pas, au final, de voir se mettre en place des EPI-LCA sans intervention de l'enseignant de LCA ?

Enfin, on peut aussi se demander si tous les enseignants des disciplines citées sont vraiment formés pour mettre en œuvre ces croisements.
Pour rappel, le latin ne faisant pas obligatoirement partie du tronc commun des études de Lettres modernes à l'Université, il est tout à fait possible d'être professeur certifié de Français sans avoir jamais étudié la langue latine. Comment dans ce cas envisager, par exemple, l'étude de textes en latin médiéval, ou les comparaisons entre systèmes linguistiques modernes et langues anciennes ?
La même question se pose, du reste, pour les professeurs d'Histoire-Géographie ou de Langues vivantes qui, eux non plus, ne sont pas nécessairement latinistes.


III. Troisième entité : un programme pour l’Enseignement de Complément à l'EPI-LCA.

La grande nouveauté annoncée lors de la saisine du CSP par la Ministre, c'est la rédaction d'un programme concernant le contenu des enseignements de complément de Latin et de Grec « dédiés à une étude approfondie de la langue et des textes. »

La ministre a en effet demandé au CSP de reprendre « les programmes actuellement en vigueur [qui] pourront constituer un point d’appui dont il reviendra [au CSP] d’apprécier la pertinence » afin de les faire correspondre à « la nouvelle organisation pédagogique du collège. »

Source : www.reformeducollege.fr/textes-officiels/20150513-NajatVB-Saisine-CSP-Latin-Grec.pdf

C’est ici que devraient donc se loger étude de la langue et travail des textes antiques. 

C'est aussi ce programme qui, à ce jour, n'a toujours pas été remis par le CSP.

Il n'est donc pas possible pour le moment de savoir en quoi il consistera, ni comment il s'articulera avec les deux autres morceaux de programmes, celui dans le programme de Français et celui dans les croisements entre disciplines.


Force est de constater, en tout cas, que le choix fait par le Ministère de diviser un programme jusque-là cohérent en trois morceaux de programmes distincts aboutit à une construction complexe qui obligera à une forte coordination lors de leur élaboration, pour éviter les oublis comme les redondances.

Il faudra cependant attendre plusieurs semaines encore - alors que la consultation sur les nouveaux programmes sera achevée depuis plusieurs mois - pour prendre connaissance du dernier morceau du programme de Langues et Cultures de l'Antiquité, et pouvoir se faire une idée précise du fonctionnement et de la cohérence de l'ensemble.

On peut toutefois, dès à présent, s'interroger sur la pertinence de la nouvelle répartition tripartite demandée par la Ministre de l’Éducation Nationale.

En effet, ce projet aboutit à ce que les contenus d'un enseignement décloisonné, complet et cohérent de Langues Anciennes, dont les différents aspects linguistiques, lexicaux, historiques, culturels, artistiques, épistémologiques, s'organisaient jusqu'à présent dans une interdisciplinarité harmonieuse en s'éclairant les uns les autres, soient artificiellement découpés en différentes portions cloisonnées les unes des autres.

Ce cloisonnement, demandé par Mme la Ministre et imposé sans doute par le changement de statut de l'enseignement des Langues Anciennes dans le projet de réforme du collège, ne risque-t-il pas de compromettre gravement la cohérence de ces disciplines en désarticulant ces enseignements ?

Dans ces conditions, un enseignement de valeur du Latin et du Grec sera-t-il encore vraiment possible dans les collèges français ?

Dernière mise à jour le 22 novembre 2015