Programmes‎ > ‎

Structure et genèse des nouveaux programmes

I. SPÉCIFICITÉS DU PROJET DE NOUVEAUX PROGRAMMES

A. Quelques observations

Ainsi qu'on l'a vu, il ne s'agit pas de nouveaux programmes, mais seulement de projets (il en va d'ailleurs de même pour la "réforme du collège" qui reste à l'état de projet, l'avis du CSE étant seulement consultatif).

Cependant du fait des faiblesses du dispositif de consultation, il est permis d'avoir quelques inquiétudes.

D'autre part il apparaît incertain que le projet de réforme du collège et celui de réforme des programmes soient totalement indépendants, et ce pour plusieurs raisons.

Ces deux projets ont été présentés de façon quasi simultanée. Ainsi le projet de réforme du collège, composé de deux projets de décrets (en fait un décret et un arrêté), a été présenté au Conseil Supérieur de l’Éducation (CSE) pour avis consultatif. Les projets de programmes, quant à eux, sont le fruit du travail d'une structure indépendante du Ministère, le Conseil Supérieur des Programmes (CSP). Mais dans un cas comme dans l'autre, c'est le Ministère, et lui-seul, qui a la main : il lui suffit de signer les décrets...

Le site du ministère indique d'ailleurs que "la réforme du collège concerne simultanément les programmes, les pratiques d'enseignement et l’organisation pédagogique." (source) En outre le CSP est saisi par la Ministre de l’Éducation et fait des propositions en réponse à sa lettre de commande. Or la deuxième lettre de commande, dédiée aux programmes (la première concernait le socle), imposait des évaluation interdisciplinaires qui évoquent les EPI de la réforme du collège, d'une part, et, d'autre part, les projets de programme du cycle 4 s'achèvent par un cahier des charges des EPI. On voit par là que les deux projets de réforme sont intimement liés.


B. Projets de nouveaux programmes du CSP : les textes

Le projet de programmes du collège est consultable parmi les publications du Conseil Supérieur des Programmes. Nous les retrouvons ci-desous :

La première chose que l'on remarque, c'est la présence d'un cycle 3 à cheval sur l'école et le collège. Cela n'est pas sans poser de lourds problèmes. En effet dans la plupart des disciplines (à l'exception de l'Histoire/Géographie et des Mathématiques), la progression n'est pas précisée au sein du cycle, faute de repères annuels (voir les analyses pour chaque discipline)... Pour prendre une expression imagée, on peut avoir l'impression de devoir piocher dans un "libre-service"...

Ces projets couvrent l'ensemble des matières enseignées, sauf les suivantes : on n'y trouvera pas l'Enseignement Moral et Civique (remplaçant l'ancienne Éducation Civique) qui se trouve développé dans un texte à part, ni le latin-grec (disciplines fragilisées par le projet de réforme du collège, et pour lesquelles le CSP n'avait pas reçu de saisine du ministère s'agissant des programmes, mais il semblerait qu'il en soit désormais question).

Outre les projets de programmes eux-mêmes, le CSP a progressivement mis en ligne des ressources complémentaires (ce qu'on appelait autrefois "documents d'accompagnement) :

Pour finir, vous trouverez, sur cette page parue au Bulletin Officiel, les programmes actuellement en vigueur (mis en place en 2009 sans documents d'accompagnement).


C. Principes de genèse des nouveaux programmes

Avant de présenter l’architecture générale du projet, nous synthétisons en quelques mots ce qui a été dit, dans la section dédiée, quant au CSP (la structure à l'origine des projets) et les observations apportées quant au processus de consultation prévu concernant les projets de programme. Ces projets ont en effet été rédigé sur commande de la ministre mais par une structure indépendante du ministère, le Conseil Supérieur des Programmes (CSP), en tenant compte des termes de la commande ministérielle. Par ailleurs ces projets sont soumis à consultation des enseignants, et ne sont pas définitifs dans leur forme, même si les modalités de la consultation et sa portée réelle apparaissent sujettes à caution, ainsi que nous l'avons expliqué.

Une infographie intitulée "la fabrique des programmes" synthétise le processus de genèse des programmes, sur le site du ministère, à la page du CSP.


Examinons à présent l’architecture de ces projets de programme...

II. L'ARCHITECTURE GÉNÉRALE DES NOUVEAUX PROGRAMMES

A. L'architecture des cycles sur 3 années

Les projets de programmes du collège, pour toutes les autres matières, s'articulent autour de deux cycles de 3 années. Comme le collège ne couvre qu'une durée de 4 ans, nous avons un cycle 3 à cheval entre primaire et collège, soit CM1-CM2-6e. Vient ensuite le cycle 4 qui correspond aux trois dernières années du collège: 5e-4e-3e (que clôture actuellement le DNB, Diplôme National du Brevet, censé être rénové dans la foulée des programmes du collège).

La première difficulté de cette organisation des programmes en cycle de 3 ans, c'est qu'il devient indispensable aux équipes enseignantes de se concerter avec soin sur les 3 années du cycle pour s'assurer la cohérence de l'enseignement dispensé. A l'inverse, jusqu'à aujourd'hui, il "suffisait" aux équipes de traiter le programme annuel : la cohérence de chaque programme annuel au sein du collège était en effet prise en charge dans la conception même des programmes...

Ainsi qu'il a été dit, le cycle 3 présente la particularité d'être "à cheval" sur le primaire et le collège. L'idée peut sembler séduisante pour améliorer la liaison école/collège, c'est d'ailleurs l'intention affichée dans la loi de refondation de l'école, c'est aussi le rôle assigné au fameux CEC (Conseil école/collège). Cependant des buts affichés à la réalisation concrète, il y a parfois un gouffre.

Ainsi, dans les faits, des collèges à cheval sur deux secteurs peuvent voir leur population de 6e alimentée par 7 écoles primaires! Dans ces conditions on peut douter des possibilités même d'une concertation efficace pour construire une progression pertinente des apprentissages du CM1 à la 6e...

On l'a compris, tout ceci rend d'autant plus essentiel une construction cohérente du programme de cycle 3. Qu'en est-il s'agissant du français ?

Cela est d'autant plus problématique que les concepteurs des nouveaux programmes ont fait le choix particulièrement surprenant de n'indiquer aucun repère annuel dans la grande majorité des disciplines (sauf pour l'Histoire-Géographie, notamment)... Pire encore, dans certaines disciplines, s'agissant du cycle 3, on observe la disparition pure et simple d'un programme spécifique en classe de 6e.  Ainsi, si nous prenons l'exemple du français en 6e, les professeurs ne déplorent pas seulement la disparition de repères annuels (pour déterminer ce qui serait abordé en CM1, ce qui sera étudié en CM2, ce qui serait approfondi en 6e) mais l'absence de tout programme de littérature : plus aucune oeuvre, aucun auteur, aucune époque, ne sont spécifiés (Rappel : les programmes actuels de français proposent aux élèves de 6e de lire et étudier les contes et les textes fondateurs, légendes de la mythologie, etc.)


B. La structure en 3 volets des projets de programmes

Le préambule des programmes explicite le choix d'une structure "tripartite" (en parties). Voici ses trois volets :

  1. Le volet 1 "présente synthétiquement les principaux enjeux et objectifs de formation du cycle, dans la perspective globale de la scolarité obligatoire et de l’acquisition progressive de la culture commune définie par le socle commun"
  2. Le volet 2 "rassemble les contributions des champs disciplinaires ou disciplines [c'est-à-dire des différentes matières] à l'acquisition des 5 domaines (1) de formation du socle commun, sous la forme d'un tableau ne retenant que la part essentielle de ces contributions"
  3. Le volet 3 "précise, par champ disciplinaire ou discipline, les niveaux de maîtrise attendus à la fin du cycle, les compétences et connaissances à acquérir et mobiliser,[mais aussi] des pistes de méthodes, de démarches et d'outils auxquels les enseignants peuvent recourir, des repères de progressivité pour organiser la formation des élèves durant les trois années du cycle." (il est toutefois précisé par la suite que "les projets de programmes n'entrent pas dans le détail des pratiques de classe, des démarches des enseignants [qu'ils] laissent [libres] d'apprécier comment atteindre au mieux les objectifs des programmes en fonction des situations réelles qu'ils rencontrent dans l’exercice quotidien de leur profession." )

C. Rappel : le socle et ses 5 "domaines de formation"

Dans la mesure où ces projets de programmes s'articulent explicitement avec le Socle Commun de Connaissances, de Compétences et de Culture (alias "S4C" ou plus simplement "socle" !), texte réglementaire effectivement adopté, il n'est pas inopportun de rappeler les 5 domaines de formation de ce nouveau socle, sachant que les élèves devraient valider l'ensemble des 5 domaines au sortir de leur scolarité obligatoire, sans compensation possible entre les différents domaines.

Même si chaque discipline (chaque matière) est censée participer à chacun des 5 domaines, il apparaît que le français devrait concerner plus spécifiquement le 1er et le 5e domaine, encore qu'il ne faille pas négliger sa contribution en méthodologie et au domaine civique par la formation de l'esprit critique :

  1. "Les langages pour penser et communiquer" : c'est dans ce domaine que l'on trouve, premier parmi d'autres langages, l’apprentissage de la langue française. Il est précisé dans le décret qu'à l'intérieur même de ce domaine, il n'y a pas de compensation possible entre les différents "langages". En clair un collégien ne pourrait compenser une absence de maîtrise de la langue française par la maîtrise du langage du corps ou des langages informatiques.
  2. "Les méthodes et outils pour apprendre."
  3. "La formation de la personne et du citoyen."
  4. "Les systèmes naturels et les systèmes techniques."
  5. "Les représentations du monde et l’activité humaine" : ce domaine consacré, à la compréhension des sociétés dans le temps et dans l’espace, s'intéresse à la culture en général. On peut envisager que la dimension culturelle du matériau littéraire tienne une place importante ici.

Pour approfondir cette question, vous trouverez une partie dédiée au Socle Commun de Connaissances, de Compétences et de Culture dans la partie textes officiels. Avant de poursuivre votre examen des projets de programmes discipline par discipline, nous vous proposons quelques réflexions sur la consultation qui s'ouvre au sujet des projets de programmes du CSP.


III. QU'ATTENDRE DE LA CONSULTATION QUI S'OUVRE LE 11 MAI ?

A. Enjeux et limites :

Ainsi que le précise le CSP, en préambule à ses projets de programmes, ceux-ci sont soumis à consultation :

"La consultation sur les nouveaux programmes
Le Conseil souhaite insister sur le fait que les projets de programmes de cycle soumis à consultation constituent une première proposition, une préfiguration qui nécessite encore d’être travaillée. Ils seront réexaminés et amendés suite aux avis et propositions recueillis durant la phase de consultation, comme l’a été le projet de programme pour l’école maternelle. Aux yeux du Conseil, la consultation nationale constitue en effet une étape à part entière dans le processus d’élaboration des programmes, et non une simple formalité qui ne conduirait qu’à des changements à la marge.
Une vaste participation à cette consultation et des retours qualitatifs à la fois précis et argumentés permettront d’autant mieux au Conseil supérieur des programmes de mener à bien la mission qui lui a été confiée en proposant un projet d’enseignement et de formation qui soit compris, partagé et porté par tous.
Conscient des difficultés rencontrées par les enseignants dans la mise en oeuvre des programmes actuellement en vigueur, notamment à l'école élémentaire, le Conseil a tout particulièrement besoin de recueillir des informations et avis sur les points suivants :
- l’adéquation entre les ambitions affichées par les projets de programmes, le cadre horaire disponible pour les mettre en oeuvre et l'âge et les capacités des élèves ;
- le niveau d'exigence des attendus de fin de cycle ;
- la continuité des apprentissages entre les cycles ;
- la lisibilité des projets ;
- la pertinence des contenus d’enseignement proposés au regard des objectifs du socle commun de connaissances, de compétences et de culture."

Les intentions sont excellentes, et l'on ne peut que regretter que les conditions d'une consultation sérieuse soient loin d'être réunies :

  • Procédure de consultation non sécurisée : il est possible de se connecter sans passer par l'adresse mail professionnelle... Ainsi n'importe qui peut se prononcer en se présentant comme enseignant et dans n'importe quelle discipline !
  • Un questionnaire qui est exactement le même quelle que soit la discipline (d'ailleurs le questionnaire ne demande à aucun moment si l'on se prononce pour telle ou telle discipline, il est seulement demandé lors de l'inscription la discipline enseignée par celui qui s'apprête à répondre). Remarque : Cela montre d'ailleurs que la conception même des programmes s'est bâtie sur le présupposé qu'une structure unique serait pertinente pour toutes les disciplines. Un tel présupposé peut au minimum être questionné.)
  • Un questionnaire rigide (pas d'enregistrement partiel) et passe-partout.
  • Questionnaires fermés : l'essentiel porte sur la logique interne du projet, il est impossible de se prononcer sur les contenus enseignés en eux-mêmes. Les rares espaces d'expression personnelle ne pourront donner lieu qu'à un traitement statistique automatisé très sommaire (de type nuage de mots en fonction de leur fréquence d'apparition).
  • Précédent des consultations antérieures peu concluantes
  • Absence de temps de concertation pour les équipes disciplinaires
  • Période de l'année peu favorable pour les enseignants (programme à boucler, examen du DNB, épreuve d'Histoire des Arts, etc.)

Par ailleurs, à l'heure où débute la consultation des personnels, le président du CSP se multiplie en annonces de consultations parallèles d'associations disciplinaires, etc.

Ces initiatives sont louables mais n'auraient-elles pas dû précéder la consultation de l'ensemble des personnels, pour les éclairer ? Comment se fera la synthèse entre ces consultations parallèles ? On a l'impression que le CSP (que son précédent président considérait comme sous-dimensionné) a été contraint de travailler dans l'urgence, ce qui n'est pas la meilleure garantie pour réaliser un travail de qualité...


B. Des faits : retour sur les précédentes consultations

Consultation sur le Socle commun : synthèse du Ministère

Les modalités de la consultation (source) :

"La consultation s’est déroulée pendant une période de 4 semaines ouvrables, du 22 septembre au 22 octobre 2014."
Une réflexion collective a été organisée dans les écoles et les collèges, sous l’égide des IEN et des chefs d’établissement. Elle a permis aux personnels de s’approprier les enjeux du texte, d’échanger et de stimuler leur réflexion.
Une Aide à l’animation des échanges sur le socle commun a été élaborée par la DGESCO.
Les personnels de l’éducation nationale ont pu faire remonter leur avis via le questionnaire individuel en ligne comprenant :
- un tronc commun destiné à tous ;
- une partie facultative, pour celles et ceux qui souhaitaient donner un avis plus détaillé sur les cinq domaines de formation.
Les personnels des lycées d’enseignement général, technologique et professionnel ont pu aussi participer à cette phase de consultation."

Quelques remarques :

Pour cette consultation le Ministère a instauré une demi-journée banalisée pour la concertation des équipes, les élèves de collège étant libérés un mercredi matin.

Cela a permis une réelle concertation des équipes, et la participation d'un grand nombre d'enseignants : "173 984 personnes (dont 136 708 appartenant à la cible principale de la consultation, constituée des enseignants du 1er degré et du 2nd degré hors lycée) ont cliqué sur le lien et ont répondu à des degrés divers au questionnaire."

Cependant le déroulement de la concertation n'a pas été exempt de difficultés :

- Les personnels de l'académie de Créteil n'ont pas bénéficié de la demi-journée banalisée en raison d'un recourt au tribunal administratif engagé par la FCPE du 93. Le tribunal administratif a donné raison à la FCPE en droit, mais on peut regretter que la FCPE du 93 n'ait pas perçu l'intérêt pédagogique de la participation à la consultation des enseignants de l'académie où se concentrent les difficultés scolaires, d'autant que cela a produit une distorsion des résultats.

- Aucun temps de concertation n'a été prévu en lycée alors que le socle a nécessairement des répercussions en lycée.

- Aucune remontée des synthèses d'établissement n'a été prévue. Dans les faits les seuls synthèses remontées sont celles recueillies par les organisations syndicales.

- Le questionnaire a été conçu par la DGESCO sans concertation : on peut le regretter car cela limite d'emblée sa portée.

- Les aménagements apportés au texte par le Ministère n'ont pas toujours respecté les modifications apportées par le CSP suite à la consultation.


Consultation sur les nouveaux programmes de maternelle : synthèse du Ministère

Les modalités de la consultation (source) :

"La consultation s’est déroulée du 22 septembre au 18 octobre 2014.
Une réflexion collective a été organisée dans les écoles maternelles, sous l’égide des inspecteurs de l’éducation nationale et des directeurs d’école. Une demi-journée banalisée spécifique a été organisée pour cette réflexion collective. Les équipes pédagogiques ont pu profiter de ce temps commun pour la consultation sur le socle commun à laquelle elles ont bien sûr été associées.
La consultation sur le projet de programme s’est faite à partir d’une trame de questions élaborée par la DGESCO.
Recueil des avis des personnels consultés

Le questionnaire comportait à la fois :

- des questions « ouvertes », permettant de formuler des avis étayés et de faire état, éventuellement, de propositions ;
- -des questions « fermées » qui permettaient une mesure nuancée du niveau d’adhésion des personnels. Elles pouvaient être accompagnées d’observations complémentaires.

Celles et ceux qui le souhaitaient pouvaient en outre apporter une contribution en parallèle de la consultation menée dans les écoles."

Quelques remarques :

Pour cette consultation le Ministère a instauré une demi-journée banalisée pour la concertation des équipes, les élèves de collège étant libérés un mercredi matin. Contrairement à ce qui s'est passé pour le socle, il n'y a pas eu de recours de fédérations de parents car ce temps de concertation a pu prendre place sur les journées prévues pour la formation des enseignants du premier degré. Les enseignants du second degré ne bénéficient pas d'un tel dispositif, toutefois la nouvelle version du calendrier scolaire adopté par le Ministère (par ailleurs, pas exempte de critiques) prévoit deux demi journées pour concertation. Cependant il sera trop tard l'an prochain pour les nouveaux programmes car un délai d'un an est obligatoire pour permettre aux éditeurs de concevoir des manuels).

La DGESCO avait élaboré un document pour guider la réflexion.

La consultation sur les nouveaux programmes de primaire (également proposés par le CSP) a permis une consultation assez large :

"La DGESCO a reçu les synthèses de 97 départements représentant les avis de près de 90 000 enseignants. Les enseignants de maternelle des établissements français à l’étranger, au sein de l’Agence française pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), ont également participé à la consultation : les contributions élaborées par les inspecteurs de douze zones géographiques ont été envoyées au ministère. Elles condensent les avis et suggestions de plus de 1 900 enseignants."

Là encore, le déroulement de la concertation n'a pas été exempt de difficultés :

- Aucun temps de concertation n'a été prévu en école élémentaire (CP-CE1 à CM2) alors que le programme de maternelle a nécessairement des répercussions sur la suite (notamment le CP)

  • Une remontée par les Inspecteurs (IEN) a bien été mise en place (outre celles recueillies par les organisations syndicales) : on peut se demander si les équipes enseignante avaient vraiment leur "liberté de parole" en présence des IEN, leurs supérieurs hiérarchiques directs par ailleurs chargés d'évaluer l'enseignement dispensé par les professeurs d'école (avec répercussion sur la déroulement de carrière et la rémunération...)
  • Le questionnaire a été conçu par la DGESCO sans concertation : on peut le regretter car cela limite d'emblée sa portée.
Malgré tout, le résultat de la concertation semble (à notre connaissance) avoir fait l'objet d'un relatif consensus.

Consultation sur l'Enseignement Moral et Civique (EMC) : synthèse du Ministère

Les modalités de la consultation (source) :

La synthèse rappelle d'abord le contexte particulier (poste attentats de début janvier 2015) dans lequel s'est déroulée cette consultation décidée très en amont (l'EMC étant la concrétisation du souhait de Vincent Peillon d'introduire une forme de morale laïque dans les enseignements) :

"La consultation sur les projets de programmes d’EMC s’est déroulée du 5 au 30 janvier 2015 dans un contexte particulier marqué par une mobilisation nationale inédite autour de la laïcité et de la transmission des valeurs de la République. Cette mobilisation, porteuse d’une exigence vis-à-vis de l’ensemble de la société et singulièrement de l’École, a trouvé un écho dans le cadre de cette consultation en raison même de l’objet qui était le sien : des programmes fondés sur les principes et les valeurs de la République et de la démocratie. Les remontées de la consultation nationale n’ont pas manqué de souligner l’importance d’un nouvel enseignement devenu encore plus impérieux dans ce contexte."

"La consultation s’est déroulée en académie sous l’autorité des recteurs pendant une période de quatre semaines. Dans le premier degré, elle a été menée dans chaque département sous l’impulsion des inspecteurs d’académie, directeurs académiques des services de l’éducation nationale et des inspecteurs de l’éducation nationale chargés de circonscription du premier degré. Dans le second degré, les chefs d’établissement des collèges, lycées généraux, technologiques et professionnels ont été invités à transmettre à l’échelon académique les avis et les propositions des personnels sur les projets de programmes après consultation du conseil pédagogique. Les établissements relevant de l’enseignement privé sous contrat ont également participé à cette phase de consultation. Les IEN du premier degré, les IEN des enseignements généraux, techniques et professionnels et les IA-IPR ont, enfin, été invités à proposer une contribution collective"

Quelques remarques :

Pour cette consultation le Ministère aucun temps banalisé n'a été prévu. La consultation a pris la forme d'une remontée pyramidale particulièrement hiérarchisée et par là-même sujette à caution (les IEN et IA-IPR évaluant respectivement l'enseignement dispensé par les professeur des écoles et des collèges et lycées (avec des conséquences sur la carrière et les rémunérations).

Là encore la DGESCO a été mise à contribution pour élaborer une trame de questions "très ouvertes". Saut que ce document n'a pas toujours été transmis aux enseignants du fait de défaillances dans la chaîne de transmission (ainsi cela n'a pas été fait pour l'un des 22 membres de l'équipe).

Pour assurer une plus grande pluralité, le Conseil de la Vie Lycéenne a également été sollicité sur le sujet, de même que les associations disciplinaires et les organisations représentatives. Nous vous renvoyons notamment aux conclusions de l'enquête réalisée par l'Association des Professeurs d'Histoire et géographie (APHG), suite aux attentats survenus en région parisienne en janvier 2015.

Pour plus de précisions sur les conclusions de la consultation proposée par le Ministère, nous vous renvoyons aux pages 6 et 7 (numérotées 7 et 8) de la synthèse du Ministère.


Consultation sur le numérique :

La présentation des résultats de cette consultation a eu lieu le 7 mai 2015, aux Mureaux, en présence du président de la République et de la ministre. Cette "grande concertation nationale sur le numérique pour l’éducation, organisée par [le] ministère, (...) s’est déroulée entre le 20 janvier au 9 mars 2015, (...) plus de 60 000 personnes [y] ont contribué, en ligne, ou en participant à 150 rencontres académiques." (source).

Ses résultats sont accessibles dans cette synthèse du ministère. Il est notamment indiqué que "La richesse des retours tient d’abord à la diversité et à la complémentarité des modalités de contributions : 51 000 questionnaires ont été renseignés par une diversité d’acteurs ; 150 rencontres académiques ont réuni plus de 10 000 personnes dans les territoires ; 600 personnes ont dialogué sur le forum de la concertation (1 116 contributions ; le site de la concertation a été visité 171 000 fois, plus de 10 000 votes ont été enregistrés)." 

La répartition des acteurs est la suivante :
• 11% d’élèves
• 24,5% de familles ou partenaires
• 46,2% d’enseignants
• 15,5 % personnels de l’éducation nationale

Les enseignants seront donc ravis d'apprendre qu'ils ne sont visiblement pas "des personnels de l'éducation nationale". Cette maladresse ministérielle mise de côté, on observe que les enseignants se sont, en proportion, sentis concernés par l'enquête. Ceci devrait nuancer le portrait du monde enseignant "forcément" rétrograde qui est parfois véhiculé.


Conférence sur l'évaluation

Il s'agissait d'une conférence "fermée", dont les membres avaient été choisi par le Ministère, de même que les choix d'intervenants (même si l'envoi de contributions écrites était possible). Voici la composition du jury :

"Le Jury est composé de 4 enseignants du premier degré, 4 enseignants du second degré, 2 chefs d’établissement, 4 inspecteurs du ministère de l’Education nationale, 1 responsable académique des services d’orientation, 9 parents d’élèves, 2 étudiants, 1 lycéen et 3 représentants du monde associatif et des partenaires de l’école."

Le chercheur Etienne Klein, physicien du CEA (Commissariat à l’énergie Atomique), s'est vu confier la présidence du jury. Les conclusions de cette conférence (dont la neutralité a été contestée) n'ont finalement donné lieu à aucune décision. C'est qu'entretemps les attentats de janvier avaient affecté l'opinion publique, des enquêtes d'opinion soulignant la demande de fermeté, d'autorité. Le gouvernement a semble-t-il jugé inopportun de remettre en question la notation dans un tel contexte sur la base d'un conférence aux orientations très marquées (s'agissant des intervenants comme du jury). Il convient de noter qu'il ne s'agissait aucunement d'une "conférence de consensus" (comme cela a pu parfois être dit). Malgré tout il n'est pas inintéressant de consulter les travaux de cette conférence, notamment ce qui a trait aux différents biais d'évaluation (qui rendent nécessaire l'anonymat des travaux évalués, au moins aux examens)...


Consultation sur l’Éducation Prioritaire

Cette consultation ne concernait pas les programmes d'enseignement, nous ne reviendrons pas dessus. Nous n'avons pu retrouver ses conclusions, mais elle semble avoir reçu un accueil mitigé.


Bonnes lectures.


Page mise en ligne le 20 mai 2015.
Vos commentaires sont les bienvenus, merci de respecter notre charte :

Commentaires